Live at The Falcon
(Nola Blue Records – 2026)
Durée 64’55 – 11 Titres
Il existe des voix qui ne se contentent pas de chanter, elles déplacent l’air, bouleversent les corps, redessinent les contours d’une salle entière. Celle d’Alexis P. Suter appartient à cette catégorie rare. Depuis ses débuts, la chanteuse new-yorkaise s’est imposée comme une figure singulière du blues contemporain, portée par une présence scénique magnétique et un timbre grave qui semble jaillir des profondeurs de la terre.
Autour d’elle, The Alexis P. Suter Band forme un noyau soudé, forgé par des années de scène et d’amitié, avec Jimmy Bennett à la guitare, Peter Bennett à la basse, Ray Grappone à la batterie, et enfin Vicki Bell aux chœurs et à la production. Une formation qui, depuis plus de deux décennies, navigue entre blues, gospel, soul et rock avec une intensité brute et une sincérité désarmante.
Leur musique est un espace de communion, un lieu où l’on chante autant pour survivre que pour célébrer. Le groupe a multiplié les tournées, partagé la scène avec des légendes, et construit une discographie respectée. Leur album studio, « Just Stay High », paru en 2025, a confirmé leur vitalité créative. Mais c’est sur scène que la magie opère pleinement, et c’est précisément ce que révèle leur nouvelle sortie.
En 2011, au Falcon Arts Center de Marlboro, le groupe vit une soirée hors du temps. Un invité d’exception les rejoint, Garth Hudson, membre fondateur de The Band et figure mythique du rock américain. Ce soir-là, il ne se contente pas de jouer, il ouvre une brèche et fait du concert un moment de grâce que tous décrivent comme transformateur.
L’enregistrement, capté par Alan Douches, était resté enfoui jusqu’à ce qu’il le redécouvre récemment. Une trouvaille inespérée, devenue aujourd’hui un hommage vibrant à la mémoire de Garth Hudson et de Tony Falco. Un geste d’amour, de mémoire et de musique.
Le disque s’ouvre sur une version puissante de « John The Revelator », où la voix d’Alexis P. Suter résonne comme une incantation. Suit un moment suspendu, un morceau de piano en solo de Garth Hudson, cinq minutes d’apesanteur où l’on entend la délicatesse et la profondeur d’un musicien qui ne jouait jamais deux fois la même émotion.
Puis le groupe enchaîne ensuite, entre compositions originales et reprises habitées, avec « It’s Not My Cross to Bear » de Gregg Allman, « Knocking On Heaven’s Door » de Bob Dylan, « Turn On Your Love Light » de Bobby “Blue” Bland et un final bouleversant avec « Isn’t It A Pity » de George Harrison. Chaque morceau est traversé par une intensité palpable, comme si le groupe jouait pour guérir quelque chose, que ce soit en eux, dans la salle ou chez l’auditeur.
La captation donne une profondeur rare, on entend la salle, les respirations, les vibrations du Falcon. On perçoit la proximité entre les musiciens, la chaleur du public, la spontanéité d’un groupe qui joue sans filet. C’est un live qui ne triche pas, qui ne polit pas les angles, et c’est précisément ce qui le rend précieux.
Sortir cet enregistrement aujourd’hui, un an après la disparition de Garth Hudson, n’est pas un geste anodin. C’est une manière de dire merci, de prolonger la lumière d’un musicien essentiel, et de rappeler que la musique live peut capturer des instants qui dépassent ceux qui les vivent. Un témoignage précieux, et l’un des live les plus émouvants que le groupe ait jamais offert au monde.