Random madness
(Get Hip Records – 2026)
Durée 42’44 – 11 Titres
A 76 ans, Billy Price n’a plus rien à prouver. Et pourtant, l’homme continue d’avancer comme si chaque album était le premier, avec cette ferveur intacte qui caractérise les artistes habités. Figure majeure de la soul-blues américaine, lauréat d’un Blues Music Award en 2016 et régulièrement nommé depuis, Price s’est imposé au fil des décennies comme l’une des voix les plus authentiques et les plus expressives du genre.
Billy Price s’est d’abord fait connaître au milieu des années 1970 grâce à sa collaboration avec le légendaire guitariste Roy Buchanan. Il prête sa voix à deux albums majeurs de Buchanan pour Polydor, « That’s What I’m Here For » et « Live Stock », qui l’installent immédiatement sur la carte du blues américain. Dès lors, il trace sa route avec le Keystone Rhythm Band, puis avec le Billy Price Band, multipliant les tournées et les enregistrements.
Sa carrière est jalonnée de distinctions avec un Blues Music Award pour « This Time For Real », enregistré avec Otis Clay, onze nominations supplémentaires entre 2019 et 2025, et un Lifetime Career Award décerné en 2024 au Royaume-Uni. Son précédent album, « Person Of Interest », produit par Tony Braunagel, a été nommé dans quatre catégories aux Blues Music Awards 2025, dont celle de l’Album de l’Année.
Pour « Random Madness », Billy Price a choisi de revenir à la maison. L’album a été enregistré à The Vault, un studio de Pittsburgh, avec les musiciens qui l’accompagnent depuis des décennies, Jim Britton aux claviers, Tom Valentine à la basse, Dave Dodd à la batterie, et la section de cuivres formée par Joe Herndon et Eric Spaulding. Une famille musicale soudée, qui connaît chaque inflexion de sa voix. L’album accueille également des invités de marque, dont le trompettiste Sean Jones, figure du jazz contemporain, qui illumine le morceau-titre de son jeu aérien.
Avec ce nouvel effort, Billy Price signe l’un des albums les plus aboutis de sa carrière récente. On y retrouve tout ce qui fait sa signature, une voix chaude, légèrement râpeuse, capable de passer de la confidence à l’embrasement, mais aussi une écriture fine, nourrie d’histoires humaines, et enfin un sens du groove qui ne faiblit jamais.
Les onze titres, tous coécrits par Price, explorent une large gamme d’émotions et de styles. La soul profonde, héritière de Stax et de Muscle Shoals, le R&B moderne, le blues-rock nerveux, quelques touches de jazz, notamment grâce aux cuivres impeccables, et enfin cette soul-blues classique où Price excelle depuis toujours.
Le morceau-titre se distingue par son atmosphère presque cinématographique. La trompette de Sean Jones y flotte comme une lumière dans la brume, tandis que Price livre une performance vocale d’une intensité rare. D’autres titres, plus légers ou plus introspectifs, témoignent de la maturité d’un artiste qui n’a plus besoin d’en faire trop pour toucher juste. On sent la complicité du groupe, forgée sur des décennies de scène, et la production de Braunagel, précise sans être envahissante.
Ce qui frappe surtout, c’est la dimension personnelle du disque. Price y parle de relations, de doutes, de résilience, avec une honnêteté désarmante. Loin d’être un simple exercice de style, « Random Madness » est un album vécu, habité, qui porte la marque d’un artiste en pleine possession de ses moyens.
A un âge où beaucoup ralentissent, Price semble au contraire entrer dans une nouvelle phase créative, plus personnelle, plus libre, plus lumineuse, et nous propose un album à écouter attentivement, comme une conversation intime avec un maître du genre.