Bulldog
(Lightning In A Bottle Records – Blind Raccoon – 2025)
Durée 47’14 – 11 Titres
Installé au cœur de la scène blues du Pacifique Nord-Ouest, The CD Woodbury Trio s’est imposé comme l’une des formations les plus solides et inspirées de Seattle. A sa tête, le guitariste, chanteur et songwriter CD Woodbury, figure respectée et récompensée à de multiples reprises par la Washington Blues Society, qui l’a notamment intronisé au Hall of Fame en 2022. Son jeu expressif, son sens de la narration et sa capacité à naviguer entre blues, rock, jazz et grooves louisianais ont façonné une identité sonore immédiatement reconnaissable.
Woodbury n’est pas un novice, longtemps sideman recherché, il a accompagné une multitude d’artistes avant de s’affirmer comme leader. Ses deux précédents albums, « Monday Night! » et « World’s Gone Crazy », ont trouvé un écho durable sur les radios indépendantes internationales, confirmant son talent pour mêler compositions personnelles et relectures inventives.
Le trio repose sur une section rythmique d’une redoutable musicalité. A la basse, Robert Baker apporte une profondeur rare. Musicien polyvalent passé par le jazz, les orchestres communautaires et les groupes roots, il est aussi ingénieur du son, ce qui enrichit la cohérence et la précision du projet. A la batterie, Bill Ray complète le tableau. Lauréat d’un Grammy pour son travail avec Ike Turner sur « Risin’ With The Blues », collaborateur de Paul Gilbert et crédité sur plus de 150 enregistrements, Ray apporte puissance, nuance et une science du groove qui propulse le trio vers une maturité nouvelle.
Avec « Bulldog », CD Woodbury signe un album qui conjugue respect des traditions et liberté créative. Trois compositions originales et huit reprises soigneusement choisies composent un ensemble cohérent, vibrant, où le trio démontre autant sa maîtrise que son plaisir de jouer.
L’album s’ouvre sur « Wicked Grin », un blues menaçant signé Michael Pickett et Gary Nicholson. Woodbury y campe un personnage prêt à venger sa compagne. Le ton est donné, rugueux, tendu, captivant. Suit une version musclée de « Born Under A Bad Sign » d’Albert King, où la guitare de Woodbury garde intact l’esprit du classique tout en y injectant sa propre énergie.
Avec « Little Sister », succès d’Elvis Presley en 1961, le trio transforme le rock originel en shuffle bluesy, porté par l’harmonica de Bill Davis. Une relecture élégante, respectueuse mais inventive. Le groove s’installe franchement avec « I Wouldn’t Treat A Dog (The Way You Treated Me) » de Bobby “Blue” Bland, où un solo de guitare lumineux vient dynamiser l’ensemble.
Parmi les trois compositions de Woodbury, « Gaslight Road » se distingue par son regard lucide sur la manipulation contemporaine avec un blues-rock moderne, accrocheur, qui montre que l’artiste sait manier autant la plume que le médiator. « Dollar Store Readers », coécrit avec Michele D’Amour, est un bijou acoustique plein d’autodérision. Le musicien y rit de ses lunettes bon marché et de ses méthodes de contraception. Une respiration chaleureuse et intimiste.
Enfin, le morceau-titre, « (Call Me The) Bulldog » clôt l’album avec panache. Un blues mordant, fier, où Woodbury propose avec force une signature sonore et identitaire. Mais l’album explore aussi d’autres territoires, avec « Politician » de Cream, revisité avec une touche psychédélique et un jeu de guitare qui souligne l’ironie du texte, avec « I Got You (I Feel Good) » de James Brown, transformé en interlude jazz élégant, porté par l’harmonica de Davis, avec « Spoonful » de Willie Dixon, modernisé par une guitare incisive et une flûte surprenante signée Mike Marinig, ou avec « A Song In There » de Mark Dufresne, où Woodbury dialogue avec l’harmonica de Joel Astley dans un swing irrésistible.
Avec « Bulldog », CD Woodbury et son trio livrent un album solide, varié, profondément musical. Un album qui mord, qui groove, qui raconte, et qui confirme que CD Woodbury est aujourd’hui l’une des voix les plus attachantes et authentiques du blues contemporain.