Listen up!
(Can U Feel Records – 2026)
Durée 37’18 – 8 Titres
Certains musiciens ont une trajectoire qui ressemble à une ligne claire, d’autres ont au contraire un parcours qui dessine une véritable cartographie du monde. C’est le cas de Kamil Rustam, guitariste d’exception, compositeur instinctif et artisan du son, qui a bâti une carrière qui traverse les frontières, les styles et les générations. Né en France dans une famille où la musique circule comme une langue maternelle, il s’impose très tôt comme l’un des guitaristes les plus demandés de la scène hexagonale. Studio, télévision, collaborations multiples, son nom devient rapidement synonyme de précision, de musicalité et d’élégance.
Mais c’est en Californie que son univers se déploie pleinement. Installé aux États‑Unis depuis plus de vingt‑cinq ans, Kamil Rustam plonge au cœur des musiques qui l’ont façonné, le funk, la soul, le gospel, ces vibrations chaudes et organiques qui ont accompagné son quotidien américain. Là-bas, il devient un musicien respecté, croisant la route d’artistes majeurs, apprenant de chacun, absorbant les couleurs, les grooves, les respirations d’un pays où la musique se vit autant qu’elle s’écrit.
En 2017, il publie « Cosmopolitain », un premier album solo enregistré dans les mythiques Sunset Sound Studios de Hollywood. Un disque salué pour son élégance et sa finesse, qui révélait déjà un artiste capable de faire dialoguer ses deux continents. Mais il faudra attendre 2026 pour que Kamil Rustam revienne avec un second opus, plus intime, plus viscéral, plus ancré encore dans ce qui l’a construit.
Avec « Listen Up! », Kamil Rustam signe un album qui sonne comme un manifeste. Huit titres, pas un de trop, pour célébrer la soul‑funk de la fin des années 70, cette époque où la musique avançait à la fois avec le cœur et avec les hanches. Le guitariste y assume pleinement son héritage, mais surtout son désir de remettre la voix au centre du jeu. Pour la première fois, ses compositions s’ouvrent à un véritable casting vocal d’exception, Eddie Brown, Billy Valentine, Amy Keys, Arnold McCuller… autant de voix qui ont façonné l’histoire du groove américain. A leurs côtés, des instrumentistes de légende comme Patrice Rushen ou Pino Palladino apportent une profondeur supplémentaire à ce projet déjà riche en textures.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la chaleur du son. « Listen Up! » respire le live, la spontanéité, l’énergie collective. Les grooves sont ciselés mais jamais figés, les arrangements précis mais toujours organiques. On y retrouve cette manière très personnelle qu’a Kamil Rustam de faire chanter sa guitare, un jeu à la fois fluide et percussif, lumineux mais jamais démonstratif, qui sert toujours la chanson plutôt que l’inverse.
Chaque titre semble raconter un fragment de son parcours. On y entend la Californie, ses clubs, ses studios, ses musiciens, mais on y entend aussi la France, son élégance mélodique, son sens du détail. « Listen Up! » est un disque de retour aux sources, mais aussi un disque de transmission, un pont entre deux mondes que Kamil Rustam relie avec une aisance rare.
Le morceau « Warped Memories », avec Patrice Rushen, en est l’illustration parfaite, un groove souple, une atmosphère feutrée, une guitare qui glisse comme une conversation intime. Ailleurs, les voix apportent une dimension émotionnelle nouvelle, donnant à l’album une profondeur que son auteur n’avait encore jamais explorée avec autant de liberté.
« Listen Up! » n’est pas un album de musicien virtuose, c’est un disque de vie, un disque de cœur, un disque qui raconte un chemin parcouru entre deux continents et deux cultures musicales. On y sent la maturité d’un artiste qui connaît ses forces, qui sait ce qu’il veut dire et comment le dire. On y sent aussi le plaisir simple de jouer, de partager, de faire vibrer.
Kamil Rustam signe ici l’un de ses projets les plus personnels, les plus aboutis, et sans doute les plus lumineux. Un disque qui rappelle que la soul et le funk ne sont pas seulement des styles, mais des manières d’habiter le monde.