Rideau roots
(Autoproduction – 2025)
Durée 35’51 – 10 Titres
Installée aujourd’hui à Wakefield, au Québec, Kate Weekes a longtemps façonné son identité musicale au rythme des paysages canadiens. Auteure-compositrice-interprète, mais aussi guide de canoë et de randonnée dans le Yukon, elle a passé plus d’une décennie à arpenter les territoires nordiques, laissant la nature imprégner son écriture et son rapport au monde. Cette double vie d’artiste et d’exploratrice nourrit une œuvre où l’intime se mêle au géographique, où les chansons deviennent des cartes sensibles de lieux traversés et de questions profondes.
En 2022, Weekes initie un projet inédit, une résidence musicale itinérante en canoë sur le canal Rideau, entre Kingston et Ottawa, réunissant musiciens, poètes et artistes visuels. L’objectif, créer en mouvement, réfléchir à l’identité, au territoire, et à l’héritage colonial de cette voie navigable construite sur les terres non cédées des peuples Algonquin Anishinaabe, Haudenosaunee et Huron-Wendat. Cette expérience collective, immersive et parfois déroutante, devient la matrice de son nouvel album, « Rideau Roots ».
Avec celui-ci, Kate Weekes signe un disque profondément ancré dans le réel, mais traversé d’une poésie qui élève chaque instant. L’album, né de cette traversée en canoë, capte autant les paysages que les tensions sociales, les héritages historiques et les émotions intimes qui ont jalonné le périple.
Le morceau d’ouverture, « Trace A Constellation », pose immédiatement le ton avec un folk finement ciselé, où la douceur de la voix contraste avec des paroles d’une grande densité, évoquant identité, mémoire familiale et fractures politiques contemporaines. Kate Weekes y tisse un fil entre passé et présent, nature et société, dans une écriture à la fois personnelle et universelle.
Avec « Something Better », elle aborde la précarité économique, les dérives immobilières et la quête d’un avenir plus juste. Le rythme y est plus entraînant, presque contagieux, mais le propos reste acéré, révélant une artiste attentive aux réalités sociales qui l’entourent.
Plus contemplatif, « Through Space And Time » renoue avec l’esprit du voyage, arbres centenaires, eaux calmes, respiration retrouvée. Weekes y chante la guérison, la lenteur, la transmission, autant de thèmes qui traversent l’album et rappellent son lien viscéral avec les territoires qu’elle explore.
Musicalement, « Rideau Roots » est un écrin chaleureux avec des arrangements acoustiques délicats, des violons et des guitares qui se répondent, des touches de banjo et de percussions légères. L’ensemble respire l’authenticité, sans jamais tomber dans la carte postale. On sent la boue, le vent, les silences du matin, les conversations au bord de l’eau.
Ce n’est pas seulement un disque, c’est un journal de bord, un geste artistique engagé, une invitation à regarder autrement les lieux que l’on traverse. Kate Weekes y affirme une maturité rare, capable de conjuguer beauté mélodique et réflexion profonde.
Un album essentiel pour qui aime le folk qui raconte, qui interroge, qui relie.