Tahanga
(Dixiefrog – 2026)
Durée 42’29 – 9 Titres
La voix de Grant Haua semble porter à elle seule un territoire entier. Musicien originaire de Tauranga, en Nouvelle-Zélande, l’artiste a longtemps été une figure essentielle du duo Swamp Thing et s’est imposé comme l’une des voix les plus singulières du blues du Pacifique. Sa musique, profondément ancrée dans son héritage maori, puise dans le folk, le blues roots et le rock acoustique pour créer un univers où la rugosité du vécu rencontre la douceur des mélodies.
Avant de se lancer en solo, Grant Haua a sillonné les routes avec son complice Michael Barker, distillant un blues percussif et organique qui leur a valu une solide réputation internationale. Mais c’est en revenant à l’essentiel, une guitare, une voix, une histoire, que l’artiste a trouvé sa pleine dimension. Grant Haua n’est pas un bluesman de posture. Il est un conteur. Un homme qui chante la famille, la transmission, les blessures et la fierté d’un peuple. Un musicien qui ne cherche pas à imiter les maîtres américains, mais à faire résonner son propre héritage dans un langage universel.
Avant d’être l’album que le public découvre cette année, « Tahanga » a d’abord existé dans une version plus ancienne, enregistrée entre 2020 et 2021. Cette première mouture, très dépouillée, circulait de manière limitée. Elle ressemblait davantage à un carnet intime qu’à un disque destiné à une sortie internationale. On y trouvait déjà cependant les fondations, la guitare acoustique en prise directe, la voix nue, l’ancrage maori et l’envie de revenir à l’essentiel.
Mais Grant Haua sentait que l’album disait quelque chose d’important, trop important pour rester à l’état d’esquisse. En 2022, Grant Haua décide donc de réenregistrer entièrement « Tahanga ». Pas un remaster, pas un simple lifting, il en propose une véritable relecture, plus ample, plus maîtrisée, plus incarnée. Il voulait un album qui puisse voyager, toucher un public plus large, tout en restant fidèle à son dépouillement originel. Un album qui raconte vraiment qui il est.
Cette seconde naissance apporte une captation vocale plus chaude, plus proche, presque tactile, un jeu de guitare plus précis, plus ample, parfois plus percussif, des arrangements subtils mais essentiels et surtout une cohérence narrative renforcée. « Tahanga » devient alors l’album que Grant Haua voulait réellement offrir au monde.
Le titre de l’album signifie « nu » ou « dépouillé » en maori. Et c’est exactement ce que propose ce disque, un blues sans artifices, où chaque corde pincée, chaque souffle, chaque vibration de voix semble capté au plus près de la peau. On est immédiatement frappé par la sincérité brute de l’ensemble. Grant Haua déploie un jeu de guitare acoustique terrien, nourri de picking folk, de groove bluesy et d’une énergie presque chamanique. Sa voix, grave et chaude, porte une intensité émotionnelle rare, une intensité qui ne cherche jamais l’effet, mais qui s’impose naturellement.
Ce qui distingue « Tahanga » de nombre d’albums blues contemporains, c’est son ancrage culturel. Grant Haua y injecte la mémoire maorie, les récits familiaux, les valeurs de respect, de courage, de loyauté. On y entend les paysages de l’île du Nord, les fantômes bienveillants des ancêtres, la rudesse du quotidien et la beauté des liens humains. Cette version réenregistrée donne à ces histoires une profondeur nouvelle. L’album respire, vit, palpite. On sent l’artiste en pleine maîtrise de son art, mais surtout en pleine vérité.
Avec ce disque, l’artiste s’impose comme l’une des voix les plus authentiques et les plus touchantes du blues contemporain. Un album indispensable !