Dann tournan

(Kanyar DeLuxe – 2026)  

Durée 11’28 – 4 Titres 

https://www.facebook.com/MayaKamaty

Fille de La Réunion, de ses tambours, de ses colères et de ses lumières, Maya Kamaty appartient à cette génération d’artistes créoles qui refusent les frontières. Depuis ses débuts, elle avance en funambule entre héritage et modernité, portant le maloya comme une matière vivante, malléable, prête à contaminer d’autres territoires sonores.  

Née dans une famille où la poésie et la musique sont des langues maternelles, elle grandit au milieu des mots, des rythmes et des luttes. Très tôt, on lui assigne le rôle de relève, de porte-voix d’une tradition à transmettre. Mais Maya Kamaty n’a jamais accepté les cases. Elle préfère les collisions, celles du maloya avec la pop globale, du Créole avec l’Anglais, de la transe avec la trap. Une esthétique qu’elle revendique comme Creole Indian Pop, plurielle, indisciplinée, instinctive.

Avec « Sovaz », son précédent album, elle s’imposait comme une figure radicale, féminine et insoumise. Avec « Dann Tournan », son nouvel EP, elle franchit un cap. Elle ne cherche plus à concilier, elle percute. En créole réunionnais, « Dann Tournan » désigne ce moment où tout peut basculer. L’EP porte ce nom pour une raison simple, Maya Kamaty y opère un virage frontal, presque physique.  

Le title track ouvre la voie, une trap sombre, immersive, où les basses lourdes et un roulèr transformé en kick 808 installent une atmosphère dense. Maya Kamaty y affronte la pression et les projections qu’on a posées sur elle depuis l’enfance. Une affirmation nette, sans détour.

Avec « Curvy », en duo avec la rappeuse sud-africaine Dope Saint Jude, elle aborde les normes du corps et l’injonction permanente à se conformer. Le morceau, porté par un beat old school et des cuivres massifs, frappe par son énergie directe et son humour insolent.

« Kash Kash », premier single, est le versant le plus instinctif du projet, un titre afro, 135 BPM, pensé pour déclencher une réaction immédiate. Le groove y devient moteur, presque contagieux, entre poussière des kabars et pulsations des dancefloors.

Enfin, « Tourné Viré » explore les tensions contemporaines de La Réunion, vie chère, crise du logement, rapports post-coloniaux, le tout sur une base reggaeton mid-tempo. Une séduction qui attire avant de déranger, révélant l’envers d’un territoire souvent fantasmé.

Avec « Dann Tournan », Maya Kamaty signe un projet bref mais incandescent. Un EP qui transforme le maloya en une matière mouvante, hybride, indocile, et qui confirme que Maya Kamaty n’est pas seulement une voix de La Réunion mais qu’elle est une voix du monde, une artiste qui avance en brûlant les frontières derrière elle.

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