Inner world

(Autoproduction – 2026)  

Durée 49’49 – 12 Titres 

https://jeanpascalboffo.com

Jean‑Pascal Boffo possède une constance rare, celle d’un créateur qui, depuis près de quarante ans, façonne patiemment un univers sonore où la guitare devient pinceau, la texture devient langage, et l’imaginaire un territoire à arpenter. Né en Lorraine, le musicien s’impose dès les années 80 comme l’une des figures singulières du rock progressif français. Son premier album, « Jeux de Nains », paru en 1986, révèle un jeune guitariste espiègle, coloriste, presque conteur, qui privilégie les thèmes expressifs et les atmosphères évocatrices.  

Au fil des décennies, Boffo affine son art, modernisation du son, intégration de l’électronique, travail sur les boucles, exploration de nouvelles matières musicales. Sans jamais renier son identité, il glisse progressivement d’un expressionnisme vif vers une écriture plus impressionniste, plus intérieure, où chaque nuance compte. Avec seize albums studio à son actif, il est devenu un véritable maître de la miniature sonore, un sculpteur de climats qui n’a cessé d’élargir son champ d’expérimentation.

Avec « Inner World », Jean‑Pascal Boffo poursuit l’aventure entamée avec « Infinity Relooped » en 2024, renouant avec le travail d’images sonores et de textures électroniques. Entouré de musiciens invités, William Bur et Franck Agulhon aux batteries, Pierre Cocq Amann aux saxophones et flûtes, Séraphin Palmeri aux synthés, Thomas Seignert à la basse, il signe un album qui ressemble à une synthèse de son parcours, un voyage intérieur en douze étapes, où chaque pièce explore une facette du rêve.

L’ouverture, « Neverwhere », impose une pulsation irrésistible avec une basse souple, une guitare noble et mélancolique, et des volutes de sax qui élèvent le propos. « Desert Life » et « Mantra » prolongent cette dynamique, mêlant rythmes dansants, touches orientales et énergie electro. Le trio forme un bloc cohérent, presque cinétique, où l’on retrouve la capacité de Boffo à faire naître des mélodies qui s’imposent naturellement.

« Anything Can Happen There » clôt cette première séquence avec une fièvre rythmique remarquable, superpositions, vélocité, tension maîtrisée. Une réussite.

Le disque bascule ensuite vers des atmosphères plus aériennes. « From The Moon To The Earth » déroule un motif répétitif qui devient moteur d’une balade spatiale. « Parallel World » flotte dans un calme suspendu, avec une guitare en apesanteur sur un tissu électronique délicatement déstructuré. « Elevation » évoque presque une bande originale des années 70, lente danse syncopée où la guitare et le sax se répondent. Puis « The Expanse », très court, agit comme une respiration, un voile sonore à peine troublé par quelques notes.

Avec « Robotown », l’électronique reprend le dessus, rythmes plus appuyés, textures futuristes, mélodie efficace… « Ubiquity » poursuit dans cette veine, jouant sur le contraste entre flux rapide et chant calme de la guitare. « A Dream Within A Dream » apporte une émotion particulière, une balade mélancolique, enrichie de passages superbes au sax, à la flûte et à la guitare. Une force tranquille s’en dégage. Enfin, « Farewell » referme l’album dans une simplicité lumineuse, guitare seule, presque chuchotée.

« Inner World » est un album qui impressionne par son équilibre, entre électronique et acoustique, entre mouvement et contemplation, entre modernité et héritage. Jean-Pascal Boffo y déploie une variété de textures qui témoigne d’une maturité totale. S’il a laissé derrière lui l’espièglerie de ses débuts, il conserve intacte cette capacité à trouver la mélodie juste, celle qui touche immédiatement.

Après un demi‑siècle de carrière, l’artiste continue d’enchanter par la finesse de son jeu, la richesse de ses nuances et la cohérence de son univers. « Inner World » n’est pas seulement un album, c’est aussi une invitation à entrer dans un monde intérieur où chaque son raconte une histoire. A découvrir absolument !

Share the Post:
Retour en haut