Bridge Street Blues

(Blonde On Blonde Direct – Blind Raccoon – 2026)  

Durée 39’08 – 10 Titres 

https://davethomasblues.uk

Il y a chez Dave Thomas cette manière rare de traverser les décennies sans jamais perdre le fil conducteur de sa vie, le blues. Une trajectoire sinueuse, parfois vertigineuse, mais toujours guidée par une fidélité viscérale à une musique qu’il n’a jamais cessé de vivre. Avec « Bridge Street Blues », son nouvel album, le chanteur-guitariste britannique signe l’œuvre la plus intime et la plus accomplie de sa carrière, un retour au pays natal, au cœur, et à l’essence même de son identité artistique.

Né à Newport, au Pays de Galles, Dave Thomas découvre très tôt la puissance émotionnelle de la musique. Il raconte qu’enfant, un simple changement d’accord dans un hymne religieux suffisait à lui tirer des larmes, une sensibilité précoce qui le prédestinait pour le blues avant même qu’il ne le sache. La Baptist Chapel de son enfance, où l’on l’encourage à chanter, devient son premier terrain de jeu musical.

A 18 ans, il rejoint Blonde On Blonde, groupe progressif emblématique de la scène britannique. Il partage alors l’affiche avec Fleetwood Mac, Genesis, Deep Purple ou encore Jimi Hendrix. Cette immersion dans le rock des années 60‑70 forge son charisme scénique et son sens du récit musical. Après Blonde On Blonde, il rejoint Reign, puis bifurque vers une vie plus précaire mais plus authentique, renouant avec les clubs, les folk clubs et les petites scènes où le blues respire encore.

Les années suivantes sont un véritable roman. Il joue pour Paul McCartney un soir, puis dans un ancien WC rénové sur la plage de Brighton devant trois personnes et demie le lendemain. Il mène des projets courts, forme le duo Shortstuff, rejoint The Diplomatics, puis s’installe à Norwich où il retrouve une scène blues vibrante.

C’est là qu’il devient le leader du house band du Shake Down Blues, accompagnant plus de quarante artistes afro‑américains venus du Mississippi, d’Alabama ou de Cleveland. Cette décennie de collaborations façonne définitivement son authenticité. Il y rencontre notamment Wallace Coleman et Robert Lockwood Jr., et reçoit même une citation officielle de la ville de Cleveland pour ses services rendus au blues.

Malgré une carrière riche, Dave Thomas n’enregistre son premier véritable album blues sous son nom qu’en 2021, « One More Mile », suivi de « Road To The Blues », deux disques qui atteignent la première place du Roots Music Report UK Album Chart. En 2023, il remporte l’Independent Blues Award du Meilleur Album de Blues Contemporain.

Enregistré en Irlande avec le guitariste et producteur Declan Sinnott, « Bridge Street Blues » est présenté comme l’album le plus personnel de Dave Thomas. Il y revient à Newport, à Bridge Street, à l’épicerie de son oncle et de sa tante, aux pubs du port, aux clubs des vallées galloises. Ce titre me ramène à ma ville natale… là où j’ai appris la vie, confie-t-il volontiers.

L’album s’ouvre avec « Go To Legends », un morceau qui sonne comme une déclaration d’amour à la culture blues. Sur un groove chaleureux, Thomas invite l’auditeur à entrer dans le cercle. C’est un hymne à la communauté, à la transmission, à ces lieux où la musique se vit autant qu’elle s’écoute. Plus loin, « Big Fast Car » embrasse la mythologie du bluesman nomade. Guitares nerveuses, tempo tendu, voix habitée, Thomas y incarne l’homme de la route, libre mais condamné à l’errance. Le morceau respire la poussière, l’asphalte et la solitude choisie.

Avec « Mr. Moonchild », l’album prend un virage plus léger et malicieux. Thomas y déploie un humour pince‑sans‑rire, croquant le portrait d’un rival irrésistible, et use du blues comme l’art du sourire en coin. Enfin, le disque se referme sur « Bridge Street Blues », pièce maîtresse et véritable cœur battant de l’album. Une ballade introspective où Thomas revisite son enfance, ses premiers pas, ses premières émotions. C’est un retour au point de départ, mais avec la sagesse accumulée d’une vie entière.

« Bridge Street Blues » n’est pas seulement un disque, c’est aussi une synthèse. On y entend les échos du gospel de son enfance, les leçons apprises auprès des maîtres américains, la rigueur acquise sur les scènes britanniques, et cette voix chaude, expressive, qui n’a rien perdu de sa sincérité.

Dave Thomas y affirme ce qu’il est devenu, un bluesman complet, habité, dont la musique raconte autant l’histoire du genre que celle d’un homme. A 50 ans de carrière, il signe ici son œuvre la plus intime, et peut‑être la plus belle.

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