Stone cold

(Overton Music – Blind Raccoon – 2026)  

Durée 52’08 – 11 Titres 

https://russgreenmusic.com

A l’origine, Russ Green rêvait de guitare et vibrait pour Jimi Hendrix. Mais les moyens d’un étudiant ne lui permettaient pas d’en acheter une. Il avait en revanche un harmonica. Ce petit instrument allait changer sa vie.  

Après des études brillantes et une carrière réussie dans le cinéma, Green revient à Chicago, happé par le besoin viscéral de faire de la musique. Là, il rencontre deux figures tutélaires, Sugar Blue et Billy Branch, qu’il décrit comme deux petits diables sur ses épaules, chacun lui soufflant une manière différente d’aborder le souffle, le phrasé, l’audace.  

Sa carrière s’épanouit avec des collaborations avec John Primer et Lurrie Bell, la production d’un album récompensé pour Big Llou Johnson, la participation au Chicago Blues Harmonica Project, des tournées internationales, et un premier album, « City Soul », salué par DownBeat comme l’un des meilleurs disques blues de 2018.  

Avec « Stone Cold », Russ Green confirme qu’il est devenu l’un des harmonicistes les plus expressifs et les plus modernes de Chicago, un artiste capable de mêler tradition, poésie urbaine et énergie brute. Sorti chez Overton Music, c’est un disque qui respire la maturité. Green y apparaît à la fois auteur inspiré, chanteur habité et harmoniciste incandescent. Entouré de Giles Corey et Vince Agwada aux guitares, Vic Jackson à la basse, Felix “D Kat” Pollard à la batterie et Joe Munroe aux claviers, il signe un album dense, nerveux, mais aussi profondément humain.

L’ensemble est construit autour de son harmonica tranchant, véritable colonne vertébrale du disque, et de textes qui cherchent à provoquer une émotion autant qu’une réflexion. Parmi les moments forts, on notera « Lint Redux », avec une ouverture fulgurante, un harmonica en feu, un groove tendu, et un texte qui transforme la malchance en poésie. On est immédiatement dans le vif du blues moderne, nerveux, urbain et imagé.

« Stone Cold » est marqué par un orgue brûlant, une voix pleine de soul, et une histoire d’amour glacée qui claque comme une gifle. Le refrain est imparable, porté par une interprétation tendue et vibrante. « 12 Feet Of Water » est l’un des titres les plus surprenants avec son atmosphère quasi orchestrale, son harmonica plaintif et son récit mystérieux. 

« Hey Man » dévoile un funk rugueux et un harmonica acéré pour une chronique sociale sans fard. Green y retrouve la veine urbaine de « City Soul ». On poursuit avec « Waitin’ On You », plus léger, plus swinguant, mais toujours avec cette ironie douce-amère qui fait mouche, puis arrive « Boogie Joint », le final qui résonne comme une déflagration. Un boogie moderne, rapide, jubilatoire, où l’harmonica devient une arme de groove massif.  

Ce qui frappe dans « Stone Cold », c’est la capacité de Russ Green à faire du neuf avec l’essence du blues. Il ne cherche pas à imiter, ni à moderniser artificiellement. Il raconte des histoires, il sculpte des ambiances, il joue avec une intensité qui rappelle que le blues est une musique vivante, mouvante, profondément humaine.

Si Russ Green a mis du temps à rejoindre l’autoroute du blues, il y roule aujourd’hui à pleine vitesse. « Stone Cold » est un album solide, inspiré, vibrant, qui confirme son statut d’harmoniciste majeur de la scène de Chicago. Un disque qui parle au cœur autant qu’à l’esprit, et qui prouve que le blues peut encore surprendre, émouvoir et électriser.

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