THE TREVOR B. POWER BAND

Two crows

(Farm 189 Records – Blind Raccoon – 2026)  

Durée 44’19 – 10 Titres 

https://www.trevorbpowerband.com

A 63 ans, Trevor B. Power incarne cette vérité que les musiciens authentiques connaissent intimement, certaines voix ne trouvent leur pleine puissance qu’avec le temps. Le guitariste, chanteur et songwriter du New Jersey a longtemps évolué dans l’ombre de l’industrie musicale avant de s’affirmer, tardivement mais avec une sincérité désarmante, comme leader de The Trevor B. Power Band. Une trajectoire qui commence en 1978, lorsque ses frères John et Terry lui mettent une guitare entre les mains et lui transmettent l’étincelle. Nourri aux Grateful Dead, aux Allman Brothers, aux Beatles et aux Rolling Stones, Power développe un langage musical où rock, folk et blues se mêlent sans jamais se contredire.

Son parcours discographique démarre réellement en 2019 avec « Everyday Angel », enregistré avec Anthony Krizan (Spin Doctors, Lenny Kravitz). L’album se hisse jusqu’à la 24ème place du Roots Music Report Blues Rock Chart et installe Power comme une voix singulière de la scène roots américaine. Suivent « What Is Real » et « Are We Ever Free », deux disques qui approfondissent sa collaboration avec le guitariste et multi-instrumentiste Dave Fields, devenu un partenaire artistique essentiel.

C’est avec « Two Crows », son quatrième album, que Trevor B. Power atteint une forme d’accomplissement. L’idée naît d’une scène presque cinématographique : debout devant la Tour de Londres, un Beefeater lui glisse que si les corbeaux venaient à quitter les lieux, nous serions en danger. L’image s’impose à lui, non comme une histoire, mais comme un sentiment. De là émergent dix titres où l’introspection, la lucidité et l’espoir se répondent en écho .

Dès les premières mesures, « Two Crows » plonge dans une atmosphère sombre et rugueuse. « Bobby Lane » ouvre l’album comme un récit de western urbain, porté par un groove minimaliste et une voix qui raconte sans fard. Le décor est planté avec un blues cru, direct, sans maquillage.

« Let It Ride » poursuit dans cette veine âpre, renforcée par l’harmonica féroce de Dennis Gruenling. Power y confie ses doutes face au temps qui passe, mais aussi sa détermination à continuer d’avancer. « Ain’t Got No Bread » complète ce triptyque initial avec un rock nerveux qui revisite l’éternel message, le crime ne paie pas.

Puis la lumière perce. « My Neighborhood » apporte un souffle plus lumineux, presque jubilatoire, avec ses riffs dynamiques et son refrain qui respire la simplicité heureuse du quotidien. « Speck Of Life », délicatement folk, introduit la voix aérienne de Laura Kate Marshall et une réflexion douce-amère sur la fragilité de l’existence.

L’album prend ensuite de l’ampleur spirituelle. « Horizon » mêle guitare psychédélique, flûte éthérée et un refrain presque mantra, « Love, love, love ». « The Message » et « Puddles Of Blood » élargissent le propos vers une dimension quasi universelle, questionnant la violence, la souffrance et la possibilité de paix.

Dans « The Fire Burns », Power adopte un ton parlé, presque méditatif, pour évoquer la perte et la mémoire. Enfin, « Our Time Is Short » clôt l’album sur une note poignante, passant d’une guitare acoustique fragile à une montée chorale bouleversante, un adieu, une promesse, un hommage à ceux qui ne sont plus là.

« Two Crows » est profondément marqué par les deuils récents de Trevor B. Power. Son frère John, figure fondatrice de son parcours musical, et Bobby Whitlock, légende de Derek and the Dominos et ami proche. Ces absences nourrissent l’album d’une gravité sincère, mais aussi d’une forme de paix intérieure. Power le dit lui-même, nous allons tous quitter cette forme un jour, alors faisons-en le meilleur.

Autour de lui, une équipe de haut vol avec Steve Holley (ex-Wings) à la batterie, Dave Fields à la guitare, basse et claviers, mais aussi Dennis Gruenling, Will Wylde, Kenny Thorstenson, Laura Kate Marshall et Jasper Fields. Tous jouent avec une retenue élégante, au service des chansons.

Avec « Two Crows », Trevor B. Power signe son album le plus abouti, un disque de clair-obscur, traversé par la lucidité, la gratitude et une humanité vibrante. Un album qui regarde la vie en face, sans détour, mais toujours avec l’espoir en ligne de mire. A l’image de son auteur, il respire la sincérité, la résilience et l’amour profond de la musique. Un disque à écouter d’une traite, comme on lit un journal intime écrit à voix haute.

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