The seat of the soul
(Autoproduction – 2026)
Durée 38’00 – 10 Titres
https://juretori.com/js_albums/satori
Dans le paysage musical slovène, où la néo‑soul n’a jamais vraiment trouvé de porte d’entrée, l’apparition de Satori tient presque du phénomène culturel. Formé à Zagorje ob Savi, ce sextet mené par le compositeur et multi‑instrumentiste Jure Tori s’est construit loin des projecteurs, dans un sous‑sol transformé en laboratoire sonore. C’est là que Tori, entouré de ses claviers, a découvert les textures du Wurlitzer, du Rhodes et de l’orgue Hammond, reconnaissant dans ces timbres chauds et vibrants la palette qu’il cherchait depuis des années.
Autour de lui, il réunit des musiciens capables d’habiter ces couleurs avec une sensibilité rare, Primož Grašič à la guitare, Wolfram Derschmidt à la contrebasse, Tijan Grašič à la batterie, et les trompettistes Gerhard Ornig et Jan Adamek. Mais la pièce maîtresse du projet reste la voix d’Ursula Luthar, dont la présence vocale, à la fois feutrée, assurée et profondément expressive, donne à Satori une identité immédiatement reconnaissable.
Dans un pays où, comme le souligne Tori lui‑même, presque personne ne fait ce genre de musique, Satori occupe un espace inédit. Leur ambition, elle, dépasse largement les frontières slovènes, proposer une soul moderne, nourrie de jazz, de blues et de pop, qui puisse dialoguer avec les scènes internationales. Leur premier album, « The Seat Of The Soul », en est la démonstration éclatante.
Produit par Jamirko au Beyond Stereo Studio de Ljubljana et publié sur le label Klopotec, « The Seat Of The Soul » est un disque qui surprend par sa cohérence et sa profondeur. Dix titres, dix atmosphères, mais une même ligne directrice, explorer l’âme humaine à travers des paysages sonores luxuriants.
Le single d’ouverture, « Walking », est une véritable carte de visite. Le morceau pulse comme une ville en mouvement, transformant le trottoir en piste de danse. Les paroles capturent cette énergie urbaine avec une poésie simple et efficace. Luthar y déploie une autorité vocale qui évoque les grandes voix de la néo‑soul contemporaine, sans jamais tomber dans l’imitation. C’est un titre qui accroche le corps avant l’esprit, et qui annonce un album où le groove est un langage à part entière.
Avec « Find Me A Rhyme », Satori se fait plus velouté, presque cinématographique. Les claviers de Tori enveloppent la voix dans une brume chaleureuse, tandis que la guitare de Grašič dessine des lignes délicates. C’est un morceau qui respire, qui laisse de l’espace, et qui montre à quel point le groupe maîtrise l’art du détail.
Plus ample, plus dramatique, « Prometheus Fire » convoque une dimension quasi épique. La trompette y joue un rôle central, comme un appel lointain. On y sent l’ambition du groupe, raconter des histoires qui dépassent le quotidien, sans jamais perdre le fil émotionnel.
« She » est l’un des moments les plus intimes du disque. Une écriture fine, une interprétation retenue, presque fragile. Satori y prouve qu’il sait aussi faire de la délicatesse un terrain d’expression puissant. Puis le dernier titre, « Rest Now », offre une forme de rédemption douce en forme de berceuse soul, c’est un geste de permission, presque un adieu. L’album se referme comme une main qui se pose sur l’épaule.
Avec « The Seat Of The Soul », Satori signe un album d’une maturité étonnante pour un premier opus. Le groupe réussit à combiner virtuosité instrumentale, écriture sensible et identité sonore forte, tout en proposant une vision singulière de la néo‑soul européenne.
Dans un pays où ce genre n’a pas encore trouvé sa scène, Satori fait figure de pionnier. Mais surtout, le groupe prouve qu’il a tout pour s’imposer sur la scène internationale, une voix magnétique, une direction artistique claire, et un sens du groove qui parle à tous les corps, quelle que soit la langue.