Live at Space, volume two
(Delmark Records – 2026)
Durée 77’24 – 11 Titres
Depuis plus de quatre décennies, Dave Specter incarne une forme rare de noblesse musicale, celle d’un guitariste qui ne joue pas seulement des notes, mais qui raconte une histoire à chaque chorus. Né à Chicago, formé dans l’effervescence des clubs où se croisent les fantômes de Muddy Waters et les ombres de Mike Bloomfield, Specter s’est imposé comme l’un des stylistes majeurs du blues moderne. DownBeat l’a qualifié de « top‑tier guitarist », et ce n’est pas un hasard puisque son jeu, à la fois précis, feutré, et profondément expressif, combine Chicago et Texas blues, une pointe de jazz, un soupçon de soul, et ce groove chaloupé venu de la Nouvelle‑Orléans qui fait respirer chaque phrase.
Specter n’est pas seulement un musicien de studio, c’est un voyageur. Dix-neuf pays, des scènes mythiques, des collaborations avec B.B. King, Buddy Guy, Carlos Santana ou encore Mike Bloomfield. En juin dernier, il ajoutait une nouvelle ligne à son carnet de route en jouant au Gunsan Brews & Blues Festival en Corée du Sud, où son blues élégant a rencontré l’énergie d’un public curieux et vibrant. Quelques jours plus tôt, il faisait salle comble à Evanston SPACE avec Mike Wheeler, Rodrigo Mantovani et Marty Binder, dans un concert décrit comme une « aventure jazz‑blues » par la presse locale. Specter est un passeur, il transmet, il relie, il raconte.
Avec « Live At Space, Volume Two », Dave Specter poursuit l’exploration entamée l’an dernier sur le premier volume, capturer l’essence de son art dans un lieu qui lui ressemble. Space, à Evanston, est l’un des meilleurs écrins sonores de Chicago. Specter y joue comme à la maison, entouré de musiciens qui respirent avec lui, Brother John Kattke, Marty Binder, Rodrigo Mantovani. Le résultat est un album qui ne cherche pas l’esbroufe, mais la vérité.
Dès les premières mesures, on retrouve cette signature spectérienne, un son clair, ample, presque cinématographique. Les critiques ont parlé de « heavy, noirish style », de « wet midnight sidewalks », de « low lamps », et c’est exactement cela. Specter ne joue pas le blues, il peint des atmosphères. « Alley Walk », par exemple, avance comme une déambulation nocturne dans une ruelle de Chicago, entre tension et sensualité. On pense à Henry Mancini, à ces bandes originales où chaque note est un geste narratif.
L’album, généreux, déroule treize titres où la sophistication n’empêche jamais l’émotion. Specter alterne entre grooves souples, ballades feutrées, montées en intensité parfaitement contrôlées. Le public, capté avec une grande finesse, devient un personnage à part entière : on entend les respirations, les frémissements, cette communion qui fait la magie du live.
Ce deuxième volume confirme ce que les amateurs savaient déjà, Dave Specter est un maître du son, un guitariste qui ne cherche pas à dominer mais à dialoguer. Son blues est une conversation, un partage, une élégance qui ne se démode pas. « Live At Space, Volume Two » n’est pas seulement un album live, c’est une immersion dans l’univers d’un artiste qui, après quarante ans de carrière, continue de jouer avec la fraîcheur d’un explorateur.
Entre ses tournées internationales, ses collaborations prestigieuses et cette nouvelle pièce maîtresse enregistrée à Space, Dave Specter rappelle qu’il est l’un des grands artisans du blues contemporain. « Live At Space, Volume Two » est un disque qui respire la maîtrise, la générosité et la profondeur. Un album pour les passionnés, les curieux, et tous ceux qui savent que le blues n’est pas une musique du passé, mais une langue vivante que Specter parle avec une élégance rare.