To live and die in the american south
(Pure Noise Records – 2026)
Durée 17’15 – 5 Titres
https://www.facebook.com/RILEYtherockband
Riley! n’est pas seulement un groupe emo, c’est une anomalie géographique, culturelle et politique. Leur histoire commence dans le Rio Grande Valley, ce bout de Texas que l’on traverse sans le voir, où l’ennui, l’isolement et la pression sociale sont des compagnons de route aussi constants que la chaleur.
Dans ce décor, trois jeunes musiciens queer, Ryan Bluhm au chant et aux guitares, Kris Gallardo à la basse et Cesar “Izzy” Izaguirre à la batterie, ont choisi de faire exactement ce que leur environnement ne leur facilitait pas, exister pleinement, bruyamment et sans compromis. Leur musique est née de cette tension, de ce besoin vital de créer un espace où ils seraient vus, entendus, compris.
Depuis 2020, Riley! a tracé sa route à la force du poignet, tournées auto‑organisées, communauté soudée, albums qui ont fait d’eux un secret bien gardé de la scène emo moderne, « Already Fucked » en 2021, puis « Keep Your Cool » en 2024. Leur signature, des guitares twinkly perchées haut sur le manche, une énergie rythmique nerveuse, et un storytelling profondément personnel.
Ils sont devenus, presque malgré eux, un point de ralliement pour une génération qui se reconnaît dans leurs récits de solitude, de survie émotionnelle et de quête de connexion.
Le nouvel EP, « To Live And Die In The American South », sorti chez Pure Noise Records, est leur œuvre la plus aboutie. Enregistré à Austin avec le producteur Phil Odom, protégé de Will Yip, il marque une évolution nette puisque Riley! gagne en précision, en clarté, en production, sans jamais sacrifier son intensité.
Bluhm le résume ainsi : « On voulait quelque chose de plus poli, plus digestible, sans perdre notre énergie ». Ce désir de rendre leur musique plus accessible n’est pas une concession, c’est une stratégie de survie artistique. Riley! sait que tout le monde n’est pas prêt pour le screaming emo, mais tout le monde peut comprendre ce qu’ils racontent, l’isolement, la peur, la joie, la rage, la nécessité de trouver sa place.
L’EP est traversé par un fil rouge, vivre queer dans un État rouge, et tout ce que cela implique. Ce n’est pas un disque militant au sens classique, mais un disque profondément politique parce qu’il raconte des vies qui, dans ce contexte, sont déjà un acte de résistance.
Ce qui interpelle dans cet EP, c’est la manière dont Riley! élargit son univers sans le dénaturer. Les collaborations, avec Tades Sanville de Hot Mulligan, avec Eric Egan de Heart Attack Man et avec Gabe Wood de Saturdays At Your Place, ne sont pas des coups marketing mais des gestes de communauté.
Le groupe raconte d’ailleurs que la participation de Tades est née d’un malentendu, il a enregistré des voix sur une partie censée être instrumentale. C’était trop bon pour être supprimé. Ils ont gardé. Et ajouté. Ce genre d’accident heureux dit tout de Riley!, c’est un groupe qui avance avec instinct, sincérité, et une capacité rare à transformer le chaos en beauté.
« To Live And Die In the American South » est un ouvrage qui regarde la réalité en face, qui forme un arc émotionnel clair avec urgence syncopée qui ouvre le disque, une spirale intime sur le sentiment d’être laissé de côté, une montée mélodique qui respire et s’élève, un retour aux racines emo et enfin une réflexion dévastatrice sur la perte et l’impermanence.
C’est un disque court, mais immense. Un disque qui raconte ce que cela signifie de vivre dans un endroit qui ne vous veut pas, de créer malgré tout, de trouver sa communauté au-delà des frontières visibles. Riley! y gagne en maturité, en précision, en portée. Ils ne cherchent pas à convaincre, ils cherchent juste à être entendus. Et ils le sont.