Where were you

(Delmark – 2026)  

Durée 47’20 – 12 Titres 

https://www.anthonygeraciblue.com

Anthony Geraci fait partie de ces musiciens dont la trajectoire raconte, à elle seule, une histoire du blues contemporain. Pianiste au toucher immédiatement identifiable, compositeur subtil, compagnon de route des plus grands, il incarne depuis plus de quatre décennies une élégance musicale rare, nourrie autant par la tradition que par une curiosité insatiable.

Né à New Haven, Connecticut, Geraci se forme très tôt au piano classique avant de bifurquer vers le blues et le jazz, happé par la puissance émotionnelle de Muddy Waters, Otis Spann ou Big Maceo. Diplômé du Berklee College of Music, il devient dans les années 80 l’un des piliers de la scène de Boston, cofondateur des Sugar Ray & The Bluetones, formation devenue culte pour son exigence musicale et son respect absolu du langage blues. Parallèlement, il rejoint les Broadcasters de Ronnie Earl, avec lesquels il grave des albums majeurs et affine un style fait de retenue, de respiration, de profondeur.

Sa carrière est une succession de collaborations prestigieuses avec Big Walter Horton, Carey Bell, Luther “Guitar Junior” Johnson, Duke Robillard, Monster Mike Welch, et tant d’autres. Anthony Geraci n’est pas seulement un sideman d’exception, il est un architecte sonore, un musicien qui sait écouter, laisser de l’espace, magnifier les voix et les guitares autour de lui. Depuis une dizaine d’années, il mène également une carrière solo saluée par la critique, multipliant les nominations aux Blues Music Awards et aux Grammy Awards.

Avec « Where Were You », Anthony Geraci signe chez Delmark un disque profondément personnel, presque introspectif, qui interroge le temps, les absences, les traces laissées par les rencontres et les pertes. Le titre lui-même sonne comme une question suspendue, adressée autant à l’auditeur qu’à la vie elle‑même.

Dès les premières mesures, on retrouve ce qui fait la signature Geraci, un piano chaleureux, jamais démonstratif, mais d’une précision émotionnelle redoutable. Le blues n’est pas ici un exercice de style, mais un langage intime. Anthony Geraci joue comme on raconte une histoire, avec des nuances, des respirations, des silences qui comptent autant que les notes.

L’album navigue entre plusieurs atmosphères, avec des ballades bluesy où le piano se fait confidentiel, presque narratif, avec des titres plus nerveux, portés par une section rythmique impeccable et des invités vocaux comme Sheryl Youngblood ou Barrence Whitfield qui ajoutent du relief sans jamais voler la lumière, et enfin avec des morceaux instrumentaux qui révèlent toute la finesse de son écriture.

Anthony Geraci ne cherche pas à impressionner, il cherche simplement à toucher. Et il y parvient, notamment dans les titres où son jeu évoque la fragilité d’un Otis Spann ou la noblesse d’un Charles Brown. On sent un artiste qui connaît parfaitement l’histoire du blues, mais qui refuse de la figer. Il avance, il explore, il questionne.

La production Delmark, fidèle à son esthétique, met en valeur la chaleur du piano et la dynamique du groupe. Rien n’est surmixé, rien n’est artificiel, on a l’impression d’être dans la pièce, à quelques mètres du clavier.

Ce qui frappe dans « Where Were You », c’est la cohérence. Chaque morceau semble répondre au précédent, comme si Geraci déroulait un fil narratif invisible. Il y a de la nostalgie, oui, mais jamais de la complaisance. Il y a de la virtuosité, mais toujours au service de l’émotion. Il y a du blues, mais un blues vivant, respirant, ancré dans le présent.

L’artiste signe ici l’un de ses albums les plus aboutis, un disque de maturité qui pourrait bien devenir une référence dans sa discographie. Pour les amateurs de piano blues, c’est un incontournable. Un disque qui ne cherche pas le spectaculaire, mais qui offre quelque chose de bien plus rare, une vérité musicale.

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