5 minutes of passion
(Many Hats Records – Blind Raccoon – 2026)
Durée 42’14 – 11 Titres
https://www.michaelrubinharmonica.com
Né dans le New Jersey en 1969, Michael Rubin a suivi un itinéraire sinueux avant de poser ses valises à Austin, Texas, terre promise du blues moderne. Passé par Pittsburgh, Sonoma, New Orleans et Manhattan, il a façonné son identité musicale au fil des rencontres et des expériences, entre la fosse du spectacle Broadway « The Civil War » et les scènes partagées avec Ruthie Foster ou Cyril Neville. Aujourd’hui, Rubin est un artisan du son, un conteur qui préfère la sincérité à la posture. Lorsqu’il ne joue pas, il enseigne la pratique de l’harmonica, transmettant sa passion avec la même intensité qu’il met dans ses solos.
Son approche vocale, atypique et sans fioritures, s’inscrit dans la lignée des chanteurs qui font du blues un langage brut et poétique. Rubin ne cherche pas à séduire par la technique, mais par la vérité du timbre et la force du propos. Sa maîtrise du double registre, harmonica diatonique et chromatique, lui permet d’explorer des nuances rarement atteintes, entre rugosité et lyrisme.
Avec « 5 Minutes Of Passion », Michael Rubin signe un deuxième album aussi singulier que son titre. Entouré de musiciens aguerris, Cesar Crespo et Josh Fulero aux guitares, Emily Gimble aux claviers, Michael Archer à la basse et Jason Corbiere à la batterie, il livre un disque où le blues se frotte à l’ironie, à la satire et à la tendresse.
Dès « Dirty Words », Rubin pose le ton, un groove nerveux, une voix qui mord, et un harmonica qui ricoche comme une balle perdue. Le morceau se clôt sur un “FU” interrompu par un bip, clin d’œil grinçant à la censure et aux hypocrisies sociales. « 5 Minutes Of Passion », le morceau-titre, déroule un blues plus introspectif, porté par les harmonies du McCrery Family Band et les claviers d’Emily Gimble, entre sensualité et autodérision.
« Dig That Ditch » et « Little Circus Town » rappellent que Rubin sait aussi manier la narration, ses textes peignent des personnages cabossés, des situations absurdes, des fragments de vie où l’humour sert de bouclier. « Gravity » et « Nap » offrent des respirations plus mélodiques, presque contemplatives, où la basse harmonica ajoute une profondeur inattendue. Enfin, « Propaganda », en duo avec Greg Izor, clôt l’album sur une note politique et caustique, mêlant chromatique et diatonique dans un dialogue virtuose.
Michael Rubin ne cherche pas à réinventer le genre, il le tord, le questionne, le fait rire. « 5 Minutes Of Passion » est un disque de liberté, celle de dire ce qu’on pense, de jouer comme on respire, de ne pas s’excuser d’être soi. Derrière la légèreté apparente, il y a une lucidité mordante sur le monde contemporain, ses contradictions et ses absurdités.
Rubin s’impose ainsi comme un artisan du blues moderne, un poète du quotidien qui transforme la dérision en art. Son harmonica, tour à tour rugissant et délicat, devient la voix d’un homme qui préfère la passion à la perfection.