Undertones

(Caramba Records – 2026)  

Durée 38’09 – 12 Titres 

https://thomas-kahn.com

Il y a des artistes qui avancent par paliers, et d’autres qui se réinventent par nécessité. Thomas Kahn appartient à la seconde catégorie. Depuis ses débuts sur les terres volcaniques de l’Auvergne, il a toujours porté en lui cette tension entre la rugosité du rock, la chaleur de la soul et une forme de sincérité brute qui ne triche jamais. Mais c’est en 2022 avec « This Is Real » que son nom s’est imposé, un premier acte fondateur, celui d’un chanteur capable de naturaliser la soul américaine dans un paysage français qui ne l’attendait pas forcément. Un artiste qui, déjà, se plaçait dans la lignée des géants de Memphis ou de Philadelphie, sans jamais singer leurs codes.

Puis est venue l’épreuve. Une épreuve intime, vocale, physique même, réapprendre à chanter, réapprendre à respirer, réapprendre à ne pas perdre son âme. C’est dans cette zone de fragilité que Thomas Kahn a trouvé la matière première de « Undertones », son nouvel opus. Thomas Kahn ne se contente plus désormais de marcher dans les pas de ses idoles, il s’installe désormais dans sa propre dimension, celle d’un homme qui a dû réapprendre l’usage de sa propre voix pour mieux façonner son âme. 

« Undertones » n’est donc pas un album de transition mais bel et bien un album de résurrection. On y entend un artiste qui a traversé la nuit et qui revient avec une voix plus habitée, plus grave, plus vibrante. Les douze titres forment une trajectoire, presque un récit initiatique, où chaque morceau semble répondre à une étape de reconstruction.

« My World » ouvre l’album comme une déclaration d’intention. C’est un morceau qui pose le décor, un monde intérieur en chantier, mais debout. La soul y est ample, lumineuse, presque cinématographique. « You And Me » poursuit avec une écriture plus intime, un dialogue à deux voix où l’on sent la fragilité assumée, la tendresse sans mièvrerie.

« I Won’t Let You Down » est un engagement, une promesse. La voix de Thomas Kahn y porte une forme de détermination nouvelle, comme si l’épreuve avait aiguisé sa capacité à dire « je tiendrai ». « Into Darkness » est l’un des sommets du disque, une plongée dans les zones d’ombre, portée par une production dense, presque orageuse. On y entend la lutte, la peur, mais aussi la volonté de remonter à la surface.

« I Will Stand » fait office de réponse, c’est un morceau vertical, solide, où la soul se fait colonne vertébrale. « Superstorm » porte bien son nom, c’est une tempête émotionnelle, un morceau qui brasse les influences rock et soul avec une énergie brute. « Do You Love Me » ramène l’album vers une forme de classicisme soul, avec une élégance vocale qui rappelle les grandes heures de Stax.

« Hope Is Gone » est le point de bascule, un titre sombre, dépouillé, où l’on entend la voix nue, presque fragile. C’est l’un des moments les plus touchants du disque. « A Lil Bit Of Sunshine » apporte la respiration nécessaire avec ses côtés typiquement New Orleans, une éclaircie, un sourire, une lumière qui perce.

Puis « On My Road » reprend le fil du voyage intérieur, avec une écriture plus narrative, presque folk dans l’esprit. « Fly Me » est une montée, un morceau aérien où la voix retrouve son ampleur. Et « From The Get Go » clôt finalement l’album avec une énergie résolue, comme un point final qui dit « je suis revenu ».

« Undertones » force le respect par sa cohérence émotionnelle. Thomas Kahn ne cherche pas à prouver quoi que ce soit, il raconte. Il raconte la perte, la reconstruction, la lumière retrouvée. La soul n’est plus un costume, ni un héritage à honorer, elle est devenue son langage naturel, celui d’un artiste qui a traversé le feu et qui en ressort plus vrai, plus dense, plus incarné.

Si « This Is Real » était l’avènement, « Undertones » est la preuve que Thomas Kahn n’a jamais cessé d’être réel, mais qu’il est désormais pleinement lui-même.

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