Black butterfly
(Dorado Records – 2026)
Durée 47’29 – 9 Titres
https://www.brooklynfunkessentials.com
Né en 1993 dans l’effervescence du Shakedown Sound Studio d’Arthur Baker à Jersey City, Brooklyn Funk Essentials s’impose très vite comme l’un des laboratoires les plus fertiles du groove new‑yorkais. Fondé par le producteur Arthur Baker et le bassiste‑architecte sonore Lati Kronlund, le collectif se distingue par une identité mouvante, ouverte, où se croisent musiciens, chanteurs, DJ, poètes et improvisateurs venus des quatre coins du monde. Leur signature est un mélange incandescent de funk, hip‑hop, jazz, latin, spoken word, soul et dub, un véritable carrefour culturel qui fera d’eux des habitués de la scène club new‑yorkaise des années 1990.
Leur premier album, « Cool & Steady & Easy », publié en 1994 par Dorado Records, installe immédiatement leur réputation avec un groove brut, des lignes de basse hypnotiques, des cuivres en fusion, et une liberté stylistique rare. Le disque devient un succès international, porté par des titres comme « Take The L Train » ou leur reprise de « The Creator Has A Master Plan ».
La suite est une odyssée musicale, un album enregistré à Istanbul avec Laço Tayfa en 1998, « In The BuzzBag », une nomination aux Grammy Awards, des tournées avec James Brown, Parliament‑Funkadelic, The Roots ou Erykah Badu, et une discographie qui n’a cessé de se réinventer jusqu’à aujourd’hui.
En 2026, plus de trente ans après leurs débuts, Brooklyn Funk Essentials reviennent avec « Black Butterfly », un album qui condense leur histoire tout en ouvrant une nouvelle page. Sorti en mai chez Dorado Records, c’est le huitième album du collectif, produit et co‑écrit par Lati Kronlund. Le titre, inspiré par les écrits d’Octavia Butler, symbolise la transformation, la renaissance et l’espoir dans un monde assombri.
Le disque réunit les voix puissantes et complémentaires d’Alison Limerick, Ebba Åsman et Desmond Foster, soutenues par une section rythmique organique et un ensemble de cuivres flamboyants. Les morceaux ont été majoritairement enregistrés live en studio, ce qui donne à l’album une chaleur analogique, une respiration collective, un groove vivant.
L’album s’ouvre sur « 77 Blackout », évocation du blackout new‑yorkais de 1977, traité comme un flash funk nerveux, presque cinématographique. Le morceau installe immédiatement le ton, Brooklyn Funk Essentials n’a rien perdu de sa capacité à raconter des histoires à travers le rythme.
Vient ensuite « Bust The Bus Stop », véritable bombe disco‑funk, née d’une idée datant de 1997 et transformée en un irrésistible line‑dance mid‑tempo. Le titre, déjà plébiscité par les radios, incarne parfaitement l’art du groupe, faire danser tout en racontant la mémoire des quartiers.
« Never Give Up » est l’un des sommets du disque, un mantra soul‑funk porté par des voix lumineuses, un groove ample, et une écriture qui célèbre la persévérance. Puis avec « Voodoo Gates », le groupe explore des textures plus mystiques, presque psychédéliques, où les cuivres et les claviers tissent un paysage sonore dense et envoûtant.
La reprise de « Life During Wartime » des Talking Heads est un clin d’œil brillant, respectueuse, inventive, réarrangée avec une énergie funk qui lui donne une nouvelle vie. Enfin, le morceau‑titre, « Black Butterfly » clôt l’album comme une caresse soul, un hymne à la transformation intérieure, porté par une mélodie simple et poignante.
Avec « Black Butterfly », Brooklyn Funk Essentials prouve qu’il est toujours l’un des collectifs les plus créatifs et essentiels de la scène funk mondiale. Sa capacité à mêler les genres, à raconter des histoires, à faire vibrer les corps et les consciences reste intacte. Plus qu’un album, « Black Butterfly » est une démonstration, un souffle, une célébration du vivant.