Same sky

(Blue Elan Records – 2026)  

Durée 48’36 – 12 Titres 

https://cimarron615.com

Il y a des groupes qui naissent dans l’euphorie, d’autres dans le fracas, et puis il y a ceux qui émergent dans le silence laissé par une absence. Cimarron 615 appartient à cette dernière catégorie. Formé à Nashville après la disparition de Rusty Young, figure tutélaire de Poco, le collectif réunit trois vétérans du groupe, Jack Sundrud, Michael Webb et Rick Lonow, rejoints par Ronnie Guilbeau, lui aussi lié à l’histoire de Poco, notamment pour avoir co‑écrit le hit « Call It Love » en 1989.  

Ce qu’on appelle supergroupe n’est ici ni une étiquette marketing ni un raccourci commode, Cimarron 615 est la rencontre de quatre musiciens dont les carrières traversent un demi‑siècle de musique américaine, du country rock aux racines les plus profondes de l’Americana.

Leur histoire commence lorsque Kirk Pasich, fondateur de Blue Elan Records, réunit Sundrud, Webb et Lonow pour un concert hommage à Rusty Young. La magie opère immédiatement. Ce qui devait être un geste de mémoire devient un projet vivant, organique, irrésistible. Avec Guilbeau dans la formation, le quatuor trouve son identité, un son nourri de guitares claires, de claviers expressifs, d’harmonies généreuses et d’une complicité forgée sur des décennies de routes, de studios et de scènes.  

Le nom du groupe, clin d’œil à « Rose Of Cimarron » et au code régional 615 de Nashville, dit tout, l’héritage est assumé, mais l’histoire continue.

Avec « Same Sky », Cimarron 615 signe un troisième album qui ressemble à une carte postale sonore de l’Americana moderne, vaste, ouverte, plurielle. Enregistré à Treasure Island Recorders et produit par le groupe lui‑même, le disque explore un spectre impressionnant, country twang, blues rock, bluegrass, reggae, cajun, R&B … Une diversité qui n’a rien de décorative, elle reflète la vie musicale de quatre artisans qui ont joué avec Johnny Cash, June Carter Cash, Loretta Lynn, Chris Stapleton, John Prine, John Fogerty ou Hank Williams Jr.  

Autant dire que l’album respire l’expérience, mais jamais la routine.

Dès « Your Turn Now », le groupe affirme son intention, tourner une page sans la refermer, avancer en portant ce qui les a construits. Les guitares sonnent larges, les voix s’entrelacent, et l’on comprend que Cimarron 615 n’est pas un hommage figé mais une continuité vivante.

Le moment le plus bouleversant arrive avec « Comet In The Sky », écrit et chanté par Michael Webb. Une élégie pour Rusty Young, portée par une pedal steel déchirante signée Mike Daly. Le morceau ne s’apitoie jamais, il célèbre, il remercie, il regarde le ciel en reconnaissant la trace lumineuse laissée par un ami. Webb le dit simplement, on va te manquer. C’est l’un des titres les plus forts de l’album, et l’un des plus sincères.

La suite déroule une mosaïque d’ambiances avec « Aruba », un souffle tropical, presque joueur, qui montre la capacité du groupe à sortir des sentiers balisés, avec « Broken And Blue », une ballade blessée, superbe dans sa retenue. « Hard Way To Make A Living » est une chronique de la vie de musicien, sans fard mais avec tendresse et « World Slidin’ Down » propose un final ample, presque cinématographique, qui clôt l’album sur une note de lucidité et de fraternité.

Chaque membre écrit, chante, arrange. « Same Sky » est un album collectif dans le sens le plus noble du terme, pas une juxtaposition de talents, mais une conversation musicale. On y entend la gratitude, la résilience, l’amitié, et cette idée simple qui veut que malgré les épreuves, nous vivons tous sous le même ciel.

Cimarron 615 ne cherche pas à réinventer l’Americana, il la vit, il la respire, il la raconte. « Same Sky » est un album de maturité, mais aussi de liberté. Un disque qui honore le passé sans s’y enfermer, qui célèbre la joie de jouer ensemble, et qui rappelle que les racines ne sont pas des chaînes mais des points d’ancrage. Un album qui ne cherche pas à impressionner, mais qui touche. Et qui reste.

Share the Post:
Retour en haut