Tarmac
(Verycords – 2026)
Durée 29’54 – 10 Titres
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Il y a des groupes qui traversent les époques sans jamais perdre leur éclat, et Triggerfinger fait partie de cette caste rare. Formé à Anvers au tournant des années 2000, le trio belge s’est imposé comme l’une des signatures les plus singulières du rock européen, mêlant élégance sombre, tension électrique et une présence scénique devenue légendaire. Pendant vingt-cinq ans, Ruben Block, Mario Goossens et Monsieur Paul ont bâti une réputation de groupe incandescent, capable de transformer chaque concert en déflagration contrôlée, chaque riff en coup de poing, chaque silence en menace.
L’année 2025 aura marqué les 25 années de carrière du groupe Triggerfinger. Pour célébrer cet anniversaire, le groupe a repris la route pour une tournée européenne de vingt-cinq dates, toutes sold out, rappelant à quel point leur aura reste intacte. Mais ce retour sur scène n’était qu’un prélude puisque Triggerfinger préparait en coulisses son premier album en neuf ans, un disque qui allait ouvrir une nouvelle ère.
Car « Tarmac », sorti mi-septembre, n’est pas seulement un nouvel opus, c’est une renaissance. Ce premier album en neuf ans, le premier également sans leur charismatique bassiste Monsieur Paul, décédé l’an dernier, marque une nouvelle ère pour Triggerfinger. Face à cette absence, Ruben Block et Mario Goossens ont choisi de ne pas se replier sur leurs acquis, ils ont avancé.
Pour ce sixième album, le duo a collaboré avec le réalisateur américain Mitchell Froom, connu pour son travail avec Suzanne Vega, Crowded House ou Rufus Wainwright. Une rencontre décisive puisqu’il les a poussés à sortir de leur zone de confort et à trouver de nouvelles façons de composer, sans idée préconçue de ce que le résultat pourrait être.
Ce travail en profondeur se ressent dès les premières secondes de « Tarmac ». Le disque respire, s’ouvre, explore. Triggerfinger n’a pas renié son ADN, cette tension rock, cette élégance sombre, cette manière unique de faire claquer les silences, mais il l’a réinventé. « Tarmac » est bluffant de liberté et voit un Triggerfinger avec un ADN musical renouvelé sans avoir rien perdu de ce qui fait son identité.
Le disque s’ouvre sur « Everybody’s Looking », un morceau nerveux, tendu, presque cinématographique. La guitare de Ruben Block semble scruter l’horizon, tandis que la batterie de Goossens installe un groove sec, précis. Une entrée en matière qui annonce un album en mouvement.
Premier extrait dévoilé en 2025, « Stars » est un morceau lumineux, porté par une mélodie ample et un refrain qui s’élève comme une respiration. On y entend déjà la patte de Froom avec des arrangements subtils, de l’espace, de la profondeur. Un Triggerfinger plus aérien, mais toujours habité.
Avec « Until The Scandal Breaks » et « Come Clean », le groupe explore des territoires plus sombres, presque introspectifs. Les guitares se font plus feutrées, les rythmes plus retenus. On sent la volonté de raconter, de laisser les chansons se déployer sans les brusquer.
« On My Back » et « Through The Beam » renouent avec la tension rock qui a fait la réputation du trio. Riffs tranchants, batterie martiale, voix habitée… Triggerfinger rappelle qu’il reste un groupe de scène, un groupe de sueur, un groupe de nerfs.
Avec « No Trouble » et « The Why », le duo s’autorise des détours plus expérimentaux, textures inattendues, ruptures, atmosphères presque hypnotiques. Le travail de production est remarquable, jamais ostentatoire, toujours au service de l’émotion.
« Geronimo » et « Ring It » frappent fort avec une énergie brute, presque primitive. On y retrouve le Triggerfinger des débuts, mais filtré par vingt-cinq ans d’expérience et de maîtrise. Et « Shine And Shimmer » s’affirme comme la conclusion parfaite, un titre lumineux, presque apaisé, qui semble regarder vers l’avenir. Une manière de dire que malgré les épreuves, malgré les absences, Triggerfinger avance, encore et toujours.
Triggerfinger prouve avec « Tarmac » qu’il est possible d’évoluer sans se trahir, de se réinventer sans se perdre. Le duo Block/Goossens signe un album d’une grande maturité, où chaque titre semble répondre à une question, chaque silence à une absence, chaque éclat à une promesse, et démontre ainsi qu’il fait partie des rares groupes de rock européens à avoir survécu aux tendances et aux modes des vingt-cinq dernières années.