Alta va la luna
(Mundo Azul – InOuïe Distribution – 2026)
Durée 49’37 – 16 Titres
https://www.operazul.net/stelladoriente
Né de la rencontre entre artistes venus de cultures française, colombienne, syrienne, libanaise, occitane et catalane, Stella d’Oriente est un ensemble qui fait de la diversité son langage premier. Sous l’impulsion du baryton et directeur musical Pierre‑Yves Binard, la formation explore les répertoires séfarades, troubadours, sacrés chrétiens et soufis, non pas comme des archives à restaurer, mais comme des terrains vivants où les traditions se réinventent.
Leur démarche repose sur une idée forte, jouer ces musiques telles qu’ils sont, avec leurs propres histoires, leurs propres couleurs, leurs propres gestes. Ainsi, un chant judéo‑espagnol peut se laisser porter par une ornementation venue du monde arabe, une mélodie médiévale s’ouvrir à la respiration d’une flûte ney, une viole improviser comme si elle avait toujours conversé avec un qânûn. Les instruments eux‑mêmes deviennent des ponts, le oud répond au luth, le saz à la qîtara, la viole au qânûn.
L’ensemble réunit Catalina Skinner (mezzo‑soprano, percussions), Pierre‑Yves Binard (baryton, harmonium indien, percussions), Iyad Haimour (qânûn, oud, flûtes ney, chant), Jodël Grasset‑Saruwatari (luths médiévaux, qîtara, oud), Guillem Gironès (dessus et basse de viole) et Mahdi Hachem (saz, flûtes, vièle, riq). En concert, la danse orientale de Laurie Billotet vient prolonger ce dialogue des arts.
En octobre 2025, ils enregistrent ensemble, sans direction, dans une petite église du sud‑ouest, une manière de capter la respiration commune, la fusion des timbres, l’écoute mutuelle qui constitue l’ADN du groupe.
Avec « Alta Va La Luna », Stella d’Oriente signe un premier album qui ressemble à une traversée, celle de la Méditerranée médiévale, où les cultures juive, chrétienne et musulmane se sont longtemps rencontrées, influencées, enrichies. Le disque tisse trois grands fils, les chants judéo‑espagnols transmis après l’exil de 1492, les troubadours occitans et catalans chantant l’amour courtois, et le dialogue spirituel entre les Cantigas de Santa Maria et les traditions soufies.
Dès les premières mesures, la voix de Catalina Skinner s’impose comme un phare. Souple, habitée, elle navigue entre plainte amoureuse, invocation sacrée et récit ancestral. Autour d’elle, l’instrumentarium rare de l’ensemble crée un écrin mouvant, le souffle du ney, la profondeur du saz, la clarté du qânûn, la noblesse des violes, la pulsation des percussions. Rien n’est décoratif, chaque timbre raconte une histoire, chaque instrument ouvre une porte vers une autre rive.
L’album se distingue par sa manière de laisser les musiciens parler tour à tour avant de se rejoindre, comme si chaque pièce était un cercle qui s’élargit. Les arrangements, jamais démonstratifs, privilégient la finesse, l’écoute, la lente montée des émotions. On y entend des répertoires anciens, mais jamais figés. Ils respirent, se transforment, se colorent de modernité sans perdre leur âme.
Le résultat est un disque profondément sensoriel, presque cinématographique. On y traverse des paysages, des ports, des chapelles, des souks, des cours seigneuriales. On y entend des langues qui se répondent, des spiritualités qui se frôlent, des mémoires qui se superposent. « Alta Va La Luna » n’est pas un album de reconstitution, c’est un album de réconciliation, un geste artistique qui rappelle que les cultures ne sont jamais isolées, mais toujours en mouvement.
Stella d’Oriente signe ici un premier opus d’une rare cohérence, porté par une vision artistique forte et une maîtrise instrumentale remarquable. « Alta Va La Luna » est un voyage, un pont, une lumière. Un disque qui parle autant au cœur qu’à l’intellect, et qui s’inscrit déjà comme une référence dans le paysage des musiques du monde et des répertoires anciens réinventés.
A découvrir dans les bacs début novembre et sur la scène du Studio de L’Ermitage à Paris le 3 décembre.