Ric coma la mar

(Manivette Records – Baco Distribution – 2026)  

Durée 36’53 – 12 Titres 

https://www.facebook.com/gigi.denissa

Depuis plus de deux décennies, Louis Pastorelli occupe une place à part dans le paysage culturel niçois. Musicien, auteur, compositeur, agitateur d’idées et défenseur passionné de la culture occitane, il s’est imposé comme l’une des figures les plus visibles d’un mouvement qui refuse de considérer les traditions comme des reliques figées. Son parcours, marqué notamment par la fondation du Carnaval indépendant de Nice et par son travail au sein de Nux Vomica, témoigne d’une volonté constante de faire dialoguer patrimoine populaire, engagement citoyen et création contemporaine. Avec Gigi de Nissa, projet né en 2010 autour d’un premier album remarqué, Louis Pastorelli choisit une approche plus personnelle, plus narrative aussi, en s’attachant à raconter les êtres, les lieux et les histoires qui façonnent l’identité d’un territoire aussi riche que contrasté.

Sous cette identité artistique, il développe une œuvre profondément enracinée dans la langue niçoise et dans l’imaginaire méditerranéen. Loin de toute démarche folklorique, Gigi de Nissa fait de l’occitan niçois un outil d’expression pleinement actuel, capable d’évoquer autant les transformations sociales que les joies populaires, les fêtes de quartier ou les préoccupations du quotidien. Son écriture, à la fois tendre, lucide et volontiers malicieuse, trouve un écho naturel dans une musique qui mêle influences traditionnelles, chansons populaires et sonorités venues des différentes rives de la Méditerranée.

Seize ans après ses débuts discographiques, Gigi de Nissa revient avec « Ric Coma La Mar », un deuxième album qui confirme l’ambition artistique du projet tout en élargissant considérablement son horizon musical. Entouré d’une équipe soudée composée notamment de Milena Pastorelli, Alexandre Auria, Jérémy Couraut, Félix Liperi, Leo Corrêa Merand, Cédric Le Donne et Frédérick Lacroix, Louis Pastorelli donne à cette nouvelle réalisation une dimension plus collective. La présence de Moussu T comme conseiller artistique apporte également une cohérence supplémentaire à un répertoire qui navigue avec aisance entre héritage populaire et modernité assumée.

Dès les premières mesures, « Ric Coma La Mar » séduit par sa chaleur organique. Les guitares acoustiques dialoguent avec le rajão, les percussions installent des climats souples et naturels tandis que l’accordéon, les chœurs et les cordes traditionnelles dessinent un paysage sonore lumineux. Si Nice demeure le point d’ancrage de l’ensemble, l’album s’autorise de nombreuses escapades vers d’autres horizons méditerranéens et sud-américains. Les influences brésiliennes apparaissent avec naturel à travers certaines rythmiques chaloupées, la présence de la rabeca ou encore les couleurs lusophones qui irriguent subtilement plusieurs compositions. Rien n’est cependant plaqué ou démonstratif, chaque élément participe à une même vision musicale où les frontières s’effacent au profit d’un sentiment d’appartenance à un vaste espace culturel partagé.

Le premier single, « Luna Fortuna », illustre parfaitement cette capacité à conjuguer tradition et fraîcheur. Portée par une musicalité immédiate et une interprétation généreuse, la chanson donne le ton d’un album qui refuse le repli identitaire pour privilégier l’ouverture, le mouvement et la circulation des influences. Tout au long du disque, Gigi de Nissa observe le monde à hauteur d’homme. Les chansons racontent les rues, les visages, les souvenirs et les espoirs d’une ville qui devient progressivement le miroir de réalités universelles. Derrière les mélodies accueillantes se dessine ainsi une véritable réflexion sur la transmission, l’appartenance et la place du collectif dans nos sociétés contemporaines.

L’une des grandes réussites de « Ric Coma La Mar » réside justement dans cet équilibre permanent entre fête et conscience. Les morceaux invitent souvent à la danse, à la célébration et au partage, mais ils portent également un regard attentif sur les mutations du monde qui les entoure. Cette double lecture nourrit l’ensemble du répertoire et lui confère une profondeur qui dépasse largement le simple cadre de la chanson régionale. La langue niçoise devient ici le véhicule d’émotions universelles, tandis que la musique fait le lien entre mémoire populaire et création contemporaine.

Avec ce deuxième album, Gigi de Nissa signe une œuvre généreuse, sincère et profondément habitée. « Ric Coma La Mar » apparaît comme la preuve qu’une culture locale peut demeurer vivante lorsqu’elle accepte le dialogue, l’échange et l’évolution. Entre racines occitanes, inspirations méditerranéennes et parfums brésiliens, Louis Pastorelli compose un disque lumineux qui célèbre les identités ouvertes et les appartenances multiples. Un album qui regarde son territoire avec amour sans jamais cesser de regarder au-delà de l’horizon.

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