Rivages
(La Clique Production – 2026)
Durée 45’15 – 9 Titres
Il existe des groupes dont la musique semble naître d’un souffle ancien, d’un appel venu d’ailleurs, et qui pourtant parlent au présent avec une intensité rare. Joulik appartient à cette famille-là.
Depuis ses débuts, le trio composé de la multi-instrumentiste Mélissa Zantman au chant, de Robin Celse aux guitares et de Claire Menguy au violoncelle, façonne des paysages sonores qui ressemblent à des carnets de voyage. Des pages où se croisent langues du monde, imaginaires poétiques et pulsations contemporaines.
Leur identité s’est construite dans ce mouvement permanent, dans cette manière de faire dialoguer les cultures sans jamais les figer. Au fil des années, le groupe a développé une signature singulière avec des chants polyphoniques envoûtants, une instrumentation organique, une écriture qui puise autant dans les traditions que dans les musiques actuelles du monde. Sa force tient dans cette capacité à faire cohabiter l’intime et le collectif, la douceur et la transe, la mémoire et l’invention.
Avec « Rivages », son nouvel album paru mi-mars, Joulik franchit un cap artistique. L’arrivée de la batterie, tenue par Arnaud Le Meur sur plusieurs titres, ouvre un espace rythmique nouveau, plus ample, plus vibrant. Le trio devient quartet, et la musique respire autrement, plus large, plus lumineuse.
Dès les premières mesures de Zhivotut », le ton est donné, « Rivages » sera un voyage, mais un voyage sans carte ni frontière. Les langues s’y succèdent, bulgare, provençal, créole réunionnais, farsi, italien, turc, occitan, français, comme autant de portes ouvertes sur des territoires sensibles.
Chaque morceau semble animé par une force de déplacement. « Maragi » respire la terre et le vent, « Ti larme » porte la douceur d’un souvenir lointain, « Ambivalencia » s’enroule autour d’un groove subtil, tandis que « Sangue dela » explore un idiome inventé, comme si la musique elle-même cherchait à créer son propre dialecte.
La grande réussite de « Rivages » tient dans son équilibre, entre tradition et modernité, entre voix incarnées et textures contemporaines, entre pulsation et suspension. On y entend des éclats de jazz moderne, des grooves discrets, des couleurs empruntées aux musiques du monde, mais toujours filtrés par la sensibilité propre de Joulik. Rien n’est démonstratif, tout est organique.
L’eau, véritable fil conducteur de l’album, irrigue l’ensemble. L’album est pensé comme un bateau entre deux rives, en mouvement permanent, en dialogue avec l’horizon et la fluidité du monde . Cette métaphore n’est pas qu’un motif poétique, elle structure réellement l’écoute. On navigue d’un morceau à l’autre comme on suivrait un courant, parfois calme, parfois plus vif, toujours habité.
Avec « Rivages », Joulik signe un disque particulièrement abouti, le plus ample, le plus incarné de sa discographie. Un album qui ne cherche pas à représenter le monde mais à l’habiter, à le traverser, à le rêver. Un album qui rappelle que la musique peut être un territoire, un refuge, un horizon …