Motormouth

(Qualified Records – 2026)  

Durée 41’43 – 13 Titres 

https://sethjamesmusic.com

Seth James a en lui quelque chose d’immédiatement authentique, une manière d’incarner la musique roots américaine sans jamais donner l’impression de jouer un rôle. Son histoire, déjà, pourrait presque sembler invraisemblable tant elle semble sortie d’un roman ! Un cowboy de l’Ouest texan devenu maître d’un blues-rock nourri de soul, de funk roots et d’un sens inné du storytelling … Et pourtant, le résultat est bien plus qu’une évidence.

En héritier des grands maîtres, mais avec une voix singulière, Seth James a façonné son identité musicale en puisant dans les racines les plus profondes du blues et de la soul. Muddy Waters, Lightnin’ Hopkins, Booker T. & the M.G.’s, Delbert McClinton, etc., autant de phares qui ont guidé ses débuts avant qu’il ne trouve, patiemment, une signature sonore qui n’appartient qu’à lui. Sa voix, capable de murmurer comme de soul-shouter, et son jeu de guitare expressif, parfois brûlant, parfois d’une retenue élégante, ont rapidement attiré un public fidèle.

Après un premier succès critique avec « That Kind Of Man » en 2009, il cofonde The Departed avec Cody Canada, avant de revenir à sa carrière solo pour renouer avec son propre son, celui qu’il avait mis des années à sculpter. Seth James ne joue pas pour impressionner, il joue pour rassembler. Pour provoquer ce moment suspendu où un public entier, verre levé, secoue un instant ses propres blues.

Avec « Motormouth », l’artiste signe un album qui condense tout ce qui fait sa force, groove, sincérité, énergie et une écriture qui sait être à la fois directe et subtile. L’album marque un retour à son identité profonde après « Lessons », hommage à Delbert McClinton paru en 2024. Ici, Seth James remet sa propre voix au centre, et elle n’a jamais semblé aussi affirmée.

Dès l’ouverture, « Why Should I Suffer » pose le ton avec un blues-rock nerveux, tendu, où James se défend d’un crime émotionnel qu’il n’a pas commis. La plume est acérée, presque théâtrale, la voix est rugueuse, le groove massif, et l’on comprend immédiatement pourquoi Delbert McClinton lui-même affirme que Seth James est devenu l’un des chanteurs les plus importants qu’il connaisse !

Au cœur de l’album, « I’m In Trouble » s’impose comme un des titres phares. James y chante l’attraction irrésistible, celle qui fait sourire autant qu’elle inquiète, et propose un morceau lumineux, porté par un groove souple et une guitare qui danse plus qu’elle ne rugit. Plus introspectif, « I Can’t Find Your Mind » explore l’éloignement émotionnel au sein du couple. Seth James y excelle dans l’art de la métaphore simple mais poignante et accouche d’une ballade moderne, d’une grande finesse, où la vulnérabilité affleure sans pathos.

L’album atteint son sommet émotionnel avec « I Got To Know », une reprise du classique de Don Bryant. L’artiste y livre une interprétation habitée, presque fébrile, où perce l’angoisse de l’homme qui doute. C’est un moment suspendu, d’une intensité rare, qui clôt l’album sur une note de vérité brute.

Avec « Motormouth », Seth James ne se contente pas d’ajouter un disque de plus à sa discographie et en profite pour affirmer sa place parmi les voix essentielles du roots américain contemporain. L’album est à la fois solide, inspiré, profondément humain et porté par une musicalité sans fioritures. Une œuvre qui respire la route, la poussière, les bars où l’on danse serré, et cette sincérité texane qui ne triche jamais.

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