Baretone

(Glitcha Records – 2026)  

Durée 12’25 – 4 Titres 

https://www.ajfullerton.com

Installé aujourd’hui à Nashville après avoir façonné son identité musicale dans les montagnes du Colorado, A.J. Fullerton s’est imposé en une décennie comme l’une des voix les plus singulières du roots-rock contemporain. Virtuose du fingerstyle et du slide, multi‑instrumentiste instinctif, mais aussi producteur recherché, il incarne cette génération d’artistes capables de puiser dans la tradition tout en la réinventant avec une sensibilité actuelle.

Son parcours l’a mené sur les routes aux côtés de figures majeures comme Robert Cray, Jimmie Vaughan, Samantha Fish, Christone “Kingfish” Ingram, Charlie Musselwhite ou encore Otis Taylor. Une filiation prestigieuse qui ne l’a jamais empêché de tracer son propre sillon, entre blues dépouillé, Americana moderne et songwriting introspectif.

Ces dernières années ont confirmé son élan créatif. Son album « Magnetic Light » sorti en 2025 explorait déjà les thèmes de la résilience et de la transformation, porté par une écriture lumineuse et une production élégante . En 2026, il renouait avec les racines du blues acoustique dans un second volume enregistré avec l’harmoniciste Jake Friel, « Fullerton & Friel, Vol. II », démontrant une fois encore son goût pour les formats épurés et les dialogues instrumentaux.

Avec « Baretone », A.J. Fullerton dévoile une facette plus sombre et introspective de son univers. Enregistré au Cowboy Cowabunga Recordings à Evergreen, Colorado, ce quatre‑titres capture un moment rare, la première session improvisée entre Fullerton et le batteur Tim Carman de Parlor Greens. Sans plan, sans filet, presque sans répétition. Juste deux musiciens qui se découvrent, se jaugent, puis s’accordent dans une spontanéité totale.

Et c’est précisément ce qui fait la force de cet EP. Fullerton y joue baritone, slide, basse, et assure les vocaux, tandis que Carman apporte une pulsation organique, parfois minimale, toujours juste. Les interventions de Lauren Frihauf aux chœurs et de Jake Friel aux harmonicas ajoutent une profondeur subtile, comme des ombres qui se glissent entre les notes.

Les quatre titres forment un ensemble cohérent, marqué par une tension intérieure permanente. Le thème central tourne autour du poids des décisions passées, de la marche inexorable du changement, des regrets qui s’accrochent aux talons. Une musique qui ne cherche pas l’éclat, juste la vérité .

La baritone de Fullerton donne à l’ensemble une couleur grave, presque terreuse. On pense parfois à l’austérité élégante des Black Keys, à la tension bluesy de Samantha Fish, ou à la densité émotionnelle de Joe Bonamassa, des références assumées par le label. Mais Fullerton ne copie jamais, il distille, il épure, il murmure là où d’autres crient.

La production de Mark Anderson, volontairement sobre, laisse respirer chaque nuance. Le mix privilégie la proximité, comme si l’auditeur se trouvait dans la pièce, témoin d’un moment fragile et authentique.

Avec « Baretone », A.J. Fullerton ne cherche pas à séduire par la virtuosité ou la puissance. Il choisit la sincérité, la rugosité, l’instant. Cet EP apparaît comme une parenthèse essentielle dans son parcours, un disque court, mais dense, où l’artiste se met à nu et explore des zones plus sombres de son écriture tout en réaffirmant son goût pour les formats dépouillés.

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