L’éclat
(L’Autre Distribution – 2026)
Durée 57’19 – 14 Titres
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Il y a chez Alas une manière singulière d’habiter la chanson, une façon de dire sans asséner, de suggérer sans masquer, de jouer avec les mots comme on manipule une matière vivante. Auteur-compositeur, chanteur et guitariste, il s’est imposé au fil des années comme une voix à part, reconnaissable entre mille par sa chaleur vibrante et son goût pour les textes à double fond.
Son écriture, nourrie de fantaisies linguistiques et de sens cachés, invite à la réécoute. Rien n’est frontal chez lui, chaque phrase semble taillée pour résonner longtemps après la première écoute. Sa musique, organique et solide, repose sur une particularité rare, une guitare étonnante, qu’il utilise pour jouer simultanément les lignes de guitare et de basse, donnant à son jeu une densité singulière.
Avant d’en arriver là, Alas a longtemps défendu ses chansons en one-man-band, véritable homme-orchestre façonnant seul un univers rock poétique, brut et sensible. Cette période forge son identité scénique, un artiste entier, habité, qui cherche la vérité dans l’instant.
Avec « L’Éclat », Alas signe un premier disque qui porte en lui la maturité d’un artiste déjà sûr de son langage. Loin des débuts hésitants que l’on pourrait attendre, l’album s’impose comme une œuvre cohérente, pensée, où chaque morceau semble répondre à un besoin intérieur.
Dès les premières notes, on retrouve cette signature, une voix chaleureuse, légèrement voilée, qui raconte sans surjouer. La production, volontairement organique, laisse respirer les instruments. Les guitares, toujours centrales, dessinent des lignes tantôt nerveuses, tantôt caressantes, soutenues par une section rythmique précise et des claviers qui ajoutent une profondeur cinématographique.
L’écriture d’Alas est un terrain de jeu. Les mots s’y bousculent, se répondent, se dérobent parfois. On y retrouve cette volonté de créer des chansons qui ne livrent pas tout d’emblée, qui demandent à être apprivoisées.
Les thèmes abordés oscillent entre le rapport à l’autre, la fragilité, les élans du cœur, les contradictions humaines. Mais jamais Alas ne tombe dans la confession brute, il préfère détourner, suggérer, glisser une image inattendue qui ouvre une brèche.
Plusieurs titres se distinguent par leur capacité à mêler tension et douceur. Certains morceaux s’appuient sur un groove discret, presque souterrain, où la guitare d’Alas joue un rôle double, mélodique et rythmique. D’autres s’ouvrent sur des paysages plus aériens, portés par les claviers de Thomas Schaettel, qui élargissent l’horizon sonore. Les titres les plus dépouillés rappellent ses années de one-man-band, une voix, une guitare, et cette intensité qui naît de la simplicité.
L’ensemble forme un album qui se tient, qui avance avec une logique interne, comme un récit intime dont chaque chapitre éclaire le précédent.
Pour un premier album, « L’Éclat » impressionne par sa justesse. Alas ne cherche pas à prouver quoi que ce soit, il expose simplement son univers, avec honnêteté et précision. On sent un artiste qui a pris le temps de se connaître avant de se dévoiler.
Le résultat est un disque lumineux, sensible, qui touche par sa sincérité et par la finesse de son écriture. Un album qui ne s’écoute pas en fond sonore, mais qui s’accueille, qui se laisse infuser. Avec lui, Alas entre dans le paysage musical avec une proposition forte, une chanson française moderne, poétique, organique, portée par une voix qui raconte autant qu’elle caresse. Ce premier album ressemble à une naissance, celle d’un artiste qui a trouvé sa place, et qui n’a plus qu’à laisser grandir sa lumière.