Roots & wings
(Blind Pig Records – 2026)
Durée 44’54 – 12 Titres
A seulement 19 ans, Amani Burnham a fait irruption dans le paysage blues-rock comme une déflagration. Tout est parti d’une vidéo postée sur Instagram, un jeune homme en sweat à capuche, assis par terre, tenant une Stratocaster blanche comme une arme sacrée et jouant « Hoochie Coochie Man » de Muddy Waters avec une intensité presque irréelle. Le contraste était saisissant. L’image d’un gamin de la Gen Z, mais avec le son d’un vétéran du South Side.
En quelques secondes, Amani redonnait à ce standard de Willie Dixon son parfum de danger, de sensualité et de liberté brute. Ce clip, devenu viral, n’était pourtant qu’un geste spontané, l’expression naturelle d’un amour récent mais viscéral pour le blues-rock. Pourtant, sa fluidité, son vibrato mordant et son charisme instinctif ont immédiatement capté l’attention des fans comme des musiciens aguerris. Sans le vouloir, Amani venait d’annoncer l’arrivée d’un nouveau phénomène du blues.
Installé à Middletown, dans le Connecticut, l’artiste revendique une énergie neuve, presque primitive, qu’il insuffle à une musique que beaucoup de jeunes de son âge ignorent encore. Je veux être celui qui ramène ce son dans ma génération, confie-t-il. Et force est de constater qu’il en prend le chemin avec un quart de million d’abonnés, près de trente millions de vues cumulées, et même une invitation à ouvrir pour Ted Nugent.
L’histoire d’Amani est aussi singulière que sa musique. Né en Éthiopie, adopté très jeune, il grandit dans une famille passionnée de musique. Son père lui transmet les premières étincelles, les Beatles, Chuck Berry, puis Hendrix, Jeff Beck, Bob Dylan, Stevie Ray Vaughan. Amani commence par la batterie, inspiré par Gene Krupa, avant de se tourner vers la guitare pendant le confinement. Là, il s’enferme, pratique sans relâche, compose, affine son style. Beaucoup des morceaux de « Roots & Wings » naîtront dans cette période d’isolement fécond.
Sa technique, elle aussi, intrigue, il joue sans médiator, uniquement au pouce. Une approche rare, héritée de Wes Montgomery, Jeff Beck ou Curtis Mayfield, qui lui permet de passer de riffs syncopés à des solos liquides sans jamais perdre le groove. Cette singularité attire l’attention de Jeff Schroedl, patron du label Blind Pig Records, qui le signe au printemps 2025. A l’automne, ils entrent en studio avec le batteur Ray Hangen et le bassiste Matt Raymond pour enregistrer ce premier album pensé comme un power-trio classique, brut, spontané, vivant.
Avec « Roots & Wings », Amani Burnham livre un premier disque qui sonne comme une déclaration d’intention, douze titres, un seul guitar track par morceau, une énergie live capturée à vif … L’album respire la fougue, la sincérité et la maîtrise d’un musicien qui joue comme s’il avait attendu toute sa vie pour entrer dans l’arène. L’ouverture, « Fastlane », est un instrumental turbo-chargé dans la lignée de Stevie Ray Vaughan. Ça file, ça brûle, ça dérape avec élégance. On y entend déjà tout ce qui fait la signature d’Amani, un toucher nerveux, un sens du phrasé étonnamment mature, et cette capacité à faire chanter chaque note comme si elle avait une histoire à raconter.
« I Wanna Know » ralentit le tempo pour un shuffle moite, presque hypnotique. Les paroles, empreintes d’une quête existentielle, trahissent un jeune homme qui cherche sa place dans un monde incertain. Sa voix, profonde et légèrement rocailleuse, évoque par moments Muddy Waters, sans jamais tomber dans l’imitation.
Le morceau-titre est sans doute le plus personnel. Le jeune homme y évoque son adoption, ses origines inconnues, ce lien invisible entre ce qu’on hérite et ce qu’on construit. Musicalement, c’est un bijou, riffs flamboyants, solos d’une fluidité presque surnaturelle, émotion à fleur de peau. On y sent un artiste qui se dévoile sans filtre.
« Last Thing I Remember », étonnant slow blues inspiré par la paralysie du sommeil, est l’un des sommets du disque. Le solo d’ouverture, incandescent, montre toute l’étendue de son vocabulaire, vitesse contrôlée, vibrato large et expressif, sens du placement, et ce ton épais, granuleux, immédiatement reconnaissable.
« Roots & Wings » est un disque qui rend hommage aux géants tout en affirmant une voix nouvelle, résolument contemporaine. Avec ce premier album, Amani Burnham ne se contente pas d’entrer dans la conversation, il la relance, la secoue, et ouvre une nouvelle voie. « Roots & Wings » porte bien son nom. Les racines sont profondes, les ailes déjà déployées, et le ciel devant lui semble immense.