dimanche, 20 novembre 2022
Document sans nom
HAMBURG BLUES NIGHTS
SASSEL-HAUS – HAMBOURG (Allemagne)
Les 18 et 19 novembre 2022
http://www.hamburg-blues-nights.de
Les deux précédentes éditions des Hamburg Blues Nights avaient été annulées pour cause de pandémie, autant dire que c’est avec un immense plaisir que nous retrouvons les amis de Blues Baltica pour la troisième fois cette année après le Eutin Blues Festival en mai et le German Blues Challenge en septembre dernier, deux grands moments de blues comme savent si bien le proposer ces Allemands pleins de générosité et de convivialité. Deux soirées de qualité au niveau de la programmation, et surtout deux soirées de plaisir pour un public qui sait qu’il ne sera pas déçu , il n’en fallait pas plus pour que nous fassions une fois encore le déplacement pour assister à cette huitième édition !

Vendredi 18 novembre 2022 :
Comment mieux commencer cette première soirée qu’en retrouvant le chanteur et guitariste allemand Richie Arndt pour une prestation en solitaire durant laquelle il revisite quelques grands classiques mais où il se penche également sur son propre répertoire en réinterprétant les chansons qu’il a pu enregistrer en groupe sur ses nombreux albums. En accords ou encore en slide, à la guitare ou au résonnateur, sur des blues lents ou au contraire sur des passages plus énergiques, Richie Arndt ne se laisse jamais déborder par l’émotion, quand bien même l’assistance est littéralement scotchée par son impressionnante capacité respiratoire quand il pousse la note sur un « Mystery Train » qui aurait pratiquement pu fissurer les murs d’une salle bien remplie dès le début des concerts. Ajoutez-y une voix qui ne laisse pas indifférent et une utilisation discrète mais efficace du looper et vous obtenez une prestation qui confirme aisément tout le bien que nous pensions déjà de cet artiste aussi attachant à la ville qu’à la scène.

Le terrain a bien été préparé pour la suite de la soirée et c’est dans un autre registre que l’on va partir cette fois puisque Neal Black & The Healers sont bien décidés à ne pas faire dans la dentelle, quand bien même on leur a demandé de ne pas jouer trop fort ce soir, la configuration de la salle ne se prêtant pas à une débauche de décibels. C’est donc raisonnablement mais fermement que le plus français des guitaristes texans va venir nous servir un set plein de saveur avec à ses côtés un band de luxe où l’on reconnait l’excellent Mike Lattrell aux claviers et les non moins brillants Abder Benachour à la basse et Denis Palatin à la batterie. Que ce soit sur des relectures de classiques comme « If I Had Possession Over Judgment Day » ou sur des compositions comme « Handful Of Rain », Neal Black n’a pas son pareil pour donner des fourmis dans les jambes à une assistance qui commence petit à petit à bouger devant la scène, au grand dam de quelques spectateurs qui filment assidument un show qu’ils découvriront demain sur leur téléviseur … Au bout de la route, c’est un excellent concert que le combo franco-américain, qui est actuellement bien rodé à la suite de sa tournée dans le Nord de l’Europe, offrira à un public qui aura su apprécier sa virtuosité et son feeling.

On en arrive déjà au dernier groupe de cette première Blues Night et ce sont les Norvégiens de Maldito qui vont s’y coller avec leur blues aux accents très contemporains. Vainqueur de son challenge national, le groupe que l’on avait déjà pu apprécier sur la scène du Bluesfest Eutin en 2019 va venir nous montrer son évolution naturelle et surtout nous faire pénétrer dans son univers où le rock et le blues font bon ménage et où ce qui compte le plus, c’est la satisfaction du public à la fin du concert. Le groupe originaire de Trondheim n’a pas l’intention de tempérer ses ardeurs et c’est un show à la fois musclé et harmonieux que nous présentent Vegard Ring au chant et aux guitares, Bendik Brevik aux guitares, Sondre Iver Vikan Johansen à la basse et Gard Rognskog à la batterie, s’efforçant de tenir le haut du pavé face à une assistance qui en a vu d’autres avant eux. Si une partie du public a déserté après le show de Neal Black, ceux qui sont restés ne le regretteront pas et profiteront jusqu’à la dernière note de la prestation d’un band qui a encore une marge de progression et que nous devrions retrouver au sommet de son art d’ici quelques années.

La journée a été éprouvante et il n’y a pas besoin de nous prier bien longtemps pour que nous traversions Hambourg pour nous rendre à l’hôtel et profiter du sommeil du juste. Demain sera forcément un autre jour avec, comme toujours , son lot de rencontres et de retrouvailles …
Samedi 19 novembre 2022 :
Hambourg ne manque pas d’attractions pour s’occuper en attendant la reprise des concerts et c’est en allant faire un tour du côté du quartier populaire de St. Pauli que nous prendrons le pouls d’une ville qui a été marquée par le passage à répétition des Beatles, à tel point qu’ils disposent aujourd’hui d’une place où ils sont représentés sous la forme de statues stylisées qui attirent forcément les fans mais aussi les badauds. Dans un style différent, il convient de ne pas manquer de passer du côté de Chilehaus, un bâtiment d’architecture expressionniste en forme de navire datant des années 20 qui héberge aujourd’hui encore des bureaux mais aussi divers commerces. Le temps d’affronter la circulation assez dense dans Hambourg et il sera bientôt l’heure de rejoindre Sassel-Haus où nos hôtes nous attendent pour le début de cette seconde Blues Night !

C’est à Tom Shaka qu’échoit la charge de réveiller une assistance qui se révèle plutôt sage en attendant le début de son concert et c’est à force de sa Danelectro dont il arrive à tirer des sons pleins de subtilité, de sa voix à la fois puissante et colorée et de son footstomping pour le moins surprenant que cet Américain qui réside en Allemagne depuis les années 70 va venir poser un premier bâton de dynamite dans une salle qui réagit instantanément à son blues certes traditionnel, mais joué de façon très actuelle. Un « Bad Bad Whisky » proposé en guise d’apéritif parviendra à mettre tout le monde sur la même longueur d’ondes et c’est à l’unisson d’un artiste à la fois virtuose et généreux que la salle vibrera durant près de quatre-vingt-dix minutes d’une prestation qui s’avalera d’un seul trait et sans jamais la moindre lassitude. Bien connu sur la scène régionale, Tom Shaka aura en outre la chance de profiter du soutien d’une partie de ses fans pour finir de proposer un concert équilibré et plein de saveur. On n’en espérait pas moins de sa part !

Deuxième groupe et véritable gros morceau de la soirée, Johnny Mastro & Mama’s Boys nous arrivent de New Orleans avec dans leurs bagages un lot nourri de rhythm’n’blues et de Chicago blues gorgé à la fois de saturations et de subtilité. Dépouillé à la manière des groupes de rue de Crescent City, le quartet se contente d’une batterie rudimentaire avec une caisse claire, un charley et des cymbales et après un premier titre interprété en solo par le chanteur et harmoniciste, c’est rejoint par le guitariste Smokehouse Brown que Johnny Mastro va faire monter son set en intensité, invitant bientôt la section rythmique à les rejoindre pour finir d’enfoncer un clou bien engagé dès les premières mesure du set. Difficile de rester insensible à la musique du combo qui, bien évidemment, met le paquet sur son capital charme et sympathie pour faire bouger un public présent en nombre conséquent, et quand bien même les spectateurs installés aux tables restent statiques, les autres se pressent devant la scène et remuent pour mieux témoigner du plaisir qu’ils ont à retrouver les héros du soir. Si nous avions déjà eu la chance de les apprécier sur album, avec en particulier le dernier en date, « Elmore James For President », paru au premier trimestre 2021, Johnny Mastro & Mama’s Boys confirment ce soir qu’ils ont quelques as planqués dans les manches pour être certains de gagner la partie à chaque fois !

On arrive déjà à la dernière formation de ces 8èmes Hamburg Blues Nights et c’est un véritable cadeau que nous ont offert les organisateurs en programmant le Charly Schreckschuss Band, un groupe qui aurait toutes les raisons ce soir de dire « Don’t call me local » puisque s’il vient de Hambourg, il a surtout la particularité d’être le plus ancien groupe de blues en Allemagne et de jouer depuis cinquante ans environ. Ajoutez à cela que le quintet propose un blues dans sa langue maternelle et on en arrive à quelque chose d’original qui a la particularité d’être solide et de réveiller les vieux souvenirs du germaniste première langue qui est de l’autre côté de l’objectif. Proposant un blues de très belle facture, les Allemands ne lésinent pas sur la qualité et mettent le paquet non seulement sur la rythmique mais aussi sur les trois guitares qui emmènent le tout vers le haut, celle du frontman Charly Beutin restant essentiellement acoustique sans pour autant faire de la figuration puisque sa place est bien présente sur scène. C’est donc sur une note particulièrement intéressante que nous mettrons un terme à ces deux soirées qui ne seront pas passées inaperçu auprès d’un public qui en a eu pour son argent, et bien plus encore.

L’heure est venue de prendre congé de nos hôtes et on a beau savoir que l’on se retrouvera très vite, à Memphis en janvier pour l’International Blues Challenge par exemple, c’est toujours la gorge un peu serrée que l’on se salue après un moment toujours empreint de convivialité, de bonne humeur et de belles musiques. L’amitié franco-allemande et l’entente au niveau continental sont bien plus qu’un concept et s’il est un domaine où elles sont omniprésentes, c’est bien du blues dont il s’agit !
Fred Delforge – novembre 2022
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