vendredi, 05 juillet 2024 ROCK IN EVREUX HIPPODROME – EVREUX (27) Le 26 juin 2024
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Le ciel est gris, quelques gouttes d’eau s’invitent. La file d’attente grossit à vue d’œil devant la barrière encore fermée de l’hippodrome. Ca sent la ruée vers les places derrière les crash barrières dès l‘ouverture. Tous attendent la tête d’affiche de ces deux jours de festivités, Shaka Ponk et sa tournée de fin, « The Final F*cked Up Tour ».

Mais en attendant 22h15, il y a aura par exemple Möön, l’œuvre de deux personnes, Céline Radio, compositrice et chanteuse, et Florian Hue, guitariste. A notre arrivée, ils sont encore aux balances. Bof … L’heure a sonné, le public court pour s’installer aux premières loges. La musique commence. Plus rien à voir avec les balances. C’est une chanteuse débridée et un guitariste investi pour une musique alliant un peu Bjork, un peu Kate Bush ou bien Alanis Morissette. Le projet est jeune et pourtant, on sent bien qu’il y a un énorme potentiel. Dix titres sont déjà enregistrés, un album est sorti en décembre 2022 et un nouveau single début 2023.La scène est la suite logique et il y a fort à parier que l’on reparlera encore de Möön .

Place à FFF, ou encore Fédération Française de Fonck ! Vingt-trois ans de silence ou presque, mais toujours ensemble, et c’est une nouvelle tournée qui accompagne leur dernier album, « Scream ». Ils ont failli annuler en toute dernière minute leur concert de ce samedi car le batteur Krichou Monthieux est resté coincé à Barcelone … Comment faire sans batteur ? La solution était sur place, Yarol Poupaud, le guitariste, s’y est collé, avec entrain et brio. La fête a pu démarrer. Etes-vous toujours vivant ? clame Marco Prince. Oui, le public est bien vivant. Applaudissements sans fin, cris, sauts, ils sont vivants. Marco quitte son peignoir et dévoile une tenue seyante, noir et orange, surmontée d’un magnifique chapeau de cowboy. Niktus est torse nu avec une cagoule de yéti bleue. Les morceaux s’enchainent, c’est la fête.

Vivre ensemble, c’est le leitmotiv. C’est tellement vrai que Ion, le batteur de Shaka Ponk a libéré Yarol des baguettes et lui redonne accès aux cordes de sa guitare pour quelques morceaux. Le parterre de l’hippodrome est bien rempli, la foule se défoule, et le groupe envoie toute son énergie, infatigable, transmettant sa joie de vivre et sa bonne humeur.

Nouvel album et nouvelle tournée « Back on Track » pour Eagle Eye Cherry. C’est le retour du chanteur après une longue période d’absence. L’album a été composé pendant la période du covid. Voir les personnels de santé et les gens se battre pour vivre lui a inspiré ce retour. Les musiciens se sont installés au fond de l’immense scène, il apparait discrètement par l’entrée de droite. C’est parti. Un mix des anciens morceaux, tubes, et surtout la présentation de ce tout nouvel album. Il faut peu de temps à la rock star pour conquérir le public, le faire chanter, danser. Il est bien heureux d’être avec nous. « Save Tonight » ça vous rappelle quelque chose ? Ce sera le tube de clôture que le public chantera en chœur avec la rock star.

La nuit commence à tomber, le public est chaud bouillant, ils n’en peuvent plus d’attendre le groupe phare du festival. Mais les décors sont lourds nombreux, et demandent du temps pour être installés. Le DJ Sam a encore du pain sur la planche pour faire patienter toute cette foule de fans. Il se démène.

Il fait nuit maintenant, la scène est plongée dans le noir. Soudain, l’écran géant s’illumine. Goz, le gorille apparait, suivi par Frah. Sam emboite le pas, les musiciens et les vingt choristes sont éclairés. C’est le déluge dans le public. Shaka Ponk est venu présenter sa tournée d’adieu, « The Final F*cked Up Tour » ! Un dernier album et une immense tournée de deux ans dans tout l’hexagone venant clôturer une incroyable carrière de vingt ans. Ils sont tous en place, les lumières plongent le site dans le rouge. Difficile de comprendre les messages de Frah, le public est en liesse. Et rapidement, c’est le premier plongeon dans le public. Il aime ce contact, comptant sur tous pour le transporter au centre du parterre et continuer le show. La sécurité est sur les dents. Ils suivent le chanteur, le ramenant si possible sur la scène centrale. Et ce sont les premières évacuations d’un public hystérique, malaises et crises d’angoisse, bousculades, difficile de rester debout.

Sur scène, le décor est superbe. Les lumières n’en finissent pas de changer, les gorilles dansent sur un écran géant en fond de scène. Les choristes, en haut et fond de scène disparaissent et réapparaissent au gré des lights. Sam sourit. On perçoit beaucoup d’émotion devant un public aussi investi pour une dernière tournée. C’est incroyable. Frah replonge dans le public. Il a besoin de parler à cette foule. Cette tournée a aussi un message. Le réchauffement climatique et la politique sont au centre du spectacle. En arrière-plan défilent les images des hommes politiques, Macron, Poutine, Trump, Biden et d’autres sont clairement accusés. Et pour rester dans ce thème, Frah rappelle que ce dimanche est jour de vote, qu’il faut bien voter pour ne pas entrer dans une ère de haine. Comprenne le message qui veut. Il est clair. Un énorme fauteuil est installé sur le devant de la scène. Il est pour Sam. La fête continue, les morceaux s’enchainent, les plongeons aussi. Bientôt, c’est l’heure du final. Trois grands cubes sont installés sur le devant de la scène, Frah grimpe. Il fait quelques signes au public, il va sauter. Il saute de trois mètres de haut, une dernière fois. Son retour signe la fin du concert, les musiciens, choristes danseuses, Frah, Sam, tous viennent devant un public excité qui en veut encore. Les mains fusent, les poignées de mains n’en finissent pas. Un élan de fraternité, de générosité, d’amour, de folie, de talent, difficile de quitter un groupe aussi sympa.

Il fait nuit sur la scène, les décors repartent et une invitée indésirable se pointe. Il tombe des cordes. Le public déserte le parterre de l’hippodrome et moi aussi. Mes excuses Danakil, Dorshan et Bernie mais l’émotion de ce show et la pluie ont eu raison de moi. Bonne fin de festival à tous ceux qui restent. On attend 2025. Un grand merci à l’organisation du festival, à Christophe Courtonne, à Solène pour l’accréditation, à tous les techniciens qui ont fait un boulot d’enfer, et bien entendu aux bénévoles.
Evelyne Balliner – juillet 2024 |