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KIP LONDON pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
jeudi, 28 août 2025
 

The last dance
(Momojo Records – 2025)
Durée 33’34 – 10 Titres

https://kiplondonmusic.com 

Il venait de Pittsburgh, ville d’acier et de brume, où les guitares résonnent comme des trains dans la nuit. Kip London n’était pas un chanteur de blues parmi d’autres, il était simplement ce souffle rugueux qui traverse les ruelles désertes, cette voix qui semble avoir mâché le bitume avant de se poser sur les cordes d’une guitare. Un an avant sa majorité, il s’était lancé dans le tumulte du folk, du rhythm and blues, du jump blues. Il jouait comme on respire, avec urgence et sincérité. Sa guitare acoustique et sa National Resonator n’étaient pas des instruments mais plutôt des compagnons de route, des extensions de son âme cabossée. Sa voix, brute et puissante, portait les cicatrices du réel. Elle évoquait les nuits sans sommeil, les amours égarés, les routes interminables. On y entendait l’écho de Dylan, le râle de Tom Waits, mais surtout, on y reconnaissait Kip, avec ce timbre si singulier, ce grain de vérité. Son premier album s’est glissé dans le Top 10 des nouvelles sorties de Blues Review Magazine, sans tapage, mais avec respect. Le Boston Globe l’a salué comme “straight ahead cool”, une formule qui lui allait bien puisque Kip London ne cherchait pas à plaire, il cherchait simplement à dire. Vainqueur de son Blues Challenge régional en 2021, l’artiste se retrouve l’année suivante à l’International Blues Challenge à Memphis. Il partage enfin la scène avec Tommy Castro, fait vibrer le Pittsburgh Blues and Roots Festival et s’éteint en 2022, avant d’avoir mené à terme son dernier projet, « The Last Dance », qui a été achevé après sa disparition par le producteur Kirk Yano, qui a su préserver l’intensité brute de ses enregistrements pour en faire un testament en dix morceaux, une révérence en blues majeur. « Hurricane », en duo avec John Németh, ouvre l’album comme une bourrasque émotionnelle. La voix de Kip y est rageuse, presque prophétique, tandis que « Drinking Tonight » et « What’s The Matter Now » plongent dans les méandres de la solitude et du doute avec une écriture ciselée. « Jitterbug Swing » et « Up Jumps The Devil » ramènent le groove, le clin d’œil aux racines du jump blues, avant que « Death Letter Blues », une autre collaboration avec John Németh, ne vienne clore l’album sur une note funèbre, presque mystique, un peu comme si Kip London écrivait lui-même sa propre épitaphe. Un album à vivre, à ressentir, qui contribue à entretenir la mémoire d’un artiste qui n’a pas totalement disparu et qui danse encore, quelque part au détour d’une platine, dans les interstices du blues.