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KELLI BAKER pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
vendredi, 12 septembre 2025
 

Granite
(Gulf Coast Records – 2025)
Durée 26’14 – 7 Titres

https://www.kellibaker.com 

Artiste américaine aux multiples facettes, Kelli Baker est à la fois chanteuse, pianiste et compositrice et a réussi à s’imposer dans le paysage musical indépendant grâce à une voix puissante et à une écriture introspective. Originaire de New York, elle puise son inspiration dans le blues, le rock alternatif et la soul, créant un univers sonore à la fois brut et poétique. Depuis ses débuts, elle a enchaîné les performances dans des lieux emblématiques comme The Bitter End, tout en cultivant une esthétique musicale singulière, entre émotion brute et sophistication instrumentale. Se produisant régulièrement avec Mike Zito, c’est tout naturellement qu’elle a décroché un contrat sur son label Gulf Coast Records et après avoir récemment fait une tournée avec Christone "Kingfish" Ingram et Samantha Fish, elle dévoilera en octobre un EP bouleversant et intensément personnel, « Granite », qui marque une nouvelle étape dans sa carrière en mêlant blues sombre, rock et confessions intimes, le tout porté par sa voix puissante et vibrante. Dès les premières notes de « Silk Flowers », on comprend que l’artiste a choisi de sortir de sa zone de confort en imposant sa voix rauque à la manière d’une force tellurique. Chaque morceau est une excavation dans la roche où l’on entrevoit des fragments de deuil, des éclats de désir, des souvenirs d’enfance dans le désert de l’Arizona. Le titre « Granite (Badlands) » est le cœur battant de l’EP. Enregistré en live avec le guitariste et harmoniciste Noé Socha, il rend hommage au père de l’artiste, disparu trop tôt. Le morceau est une élégie poignante, portée par une guitare slide qui semble pleurer à chaque note. Baker y évoque Luke Granite, l’alter ego fictif de son père, comme un fantôme bienveillant qui hante les paysages arides de son passé. « Love In The Sheetz » et « Right On Time » explorent une sensualité trouble, presque mystique, tandis que la reprise de « Where Did You Sleep Last Night », un titre de Dock Walsh popularisée par Leadbelly mais aussi bien plus tard par Nirvana, prend ici des accents de blues hanté. Enfin, « Whipping Post », proposé en clôture, est une déflagration rock qui rappelle que Kelli Baker n’est pas là pour caresser l’auditeur dans le sens du groove. Parmi les sept titres de l’EP, « The Call » est sans doute le plus énigmatique et le plus intime. C’est un message d’une petite cinquantaine de secondes seulement, laissé sur un répondeur téléphonique, qui agit comme un interlude poétique et qui relie entre eux les thèmes du disque, la perte, la mémoire, et la voix intérieure qui nous guide dans les moments de rupture. On soulignera enfin la production sobre mais efficace de Mike Watts, les arrangements minimalistes mais puissants, avec une batterie feutrée, des guitares lancinantes et un harmonica spectral. Chaque morceau semble sortir de quelque part entre les motels abandonnés du Texas et les bars enfumés de la Nouvelle-Orléans. Une musique à écouter religieusement, la tête dans le flou et pourquoi pas un verre à la main …