dimanche, 05 octobre 2025 BLUES HEAVEN FESTIVAL ARENA NORD – FREDERIKSHAVN (DANEMARK) Les 3 & 4 octobre 2025
http://www.bluesheaven.dk/
Frederikshavn, Danemark. 3 octobre. Pour la première fois, le Blues Heaven Festival délaisse le mois de novembre pour s’installer début octobre. Une bascule de calendrier qui n’a pas entamé notre envie d’y être. Le voyage est long, ponctué d’une escale à Amsterdam, où le lounge sent toujours le blues et les valises en transit. Mais c’est dans le ciel d’Aalborg que le vrai souk commence. Depuis quelques jours, des drones perturbent l’espace aérien, obligeant les autorités à jongler entre sécurité et improvisation. Malgré tout, on atterrit à temps. Voiture de location, une petite heure de route, installation à l’hôtel …

A 15h, l’Arena Nord ouvre ses portes. Installation rapide dans la salle de presse, salut aux copains photographes, et déjà les premières notes s’élèvent. Comme chaque année, Paul Benjamin est là. Figure incontournable du festival, ce passionné de blues venu du Maine, aux USA, ancien Président de la Blues Foundation à Memphis, présente chaque concert avec chaleur et précision, donnant à chaque artiste l’écrin qu’il mérite.
Vendredi 3 octobre :
On démarre fort dans le Blues Hall, où le public retrouve un habitué des lieux, Thorbjørn Risager & The Black Tornado. Le Danois est chez lui à Blues Heaven. Sa voix grave et puissante, son blues-rock teinté de soul et de groove, et son groupe soudé comme un bloc font toujours mouche. Leur dernier album, « House of Sticks », sorti au début de l’année, est un kaléidoscope sonore où les musiciens fusionnent blues, rock, soul et funk avec audace. Chaque morceau explore une ambiance unique, entre ballades orchestrées, grooves cuivrés et riffs cinématographiques et ils ne se privent pas de nous le démontrer. La prestation des Danois évoquera cet après-midi un mélange habile de Ray Charles, Van Morrison et Billy Gibbons.

On file ensuite vers la scène Arena, où l’ambiance monte d’un cran avec Krissy Matthews & The Vikings. Jeune, fougueux, et diablement talentueux, Krissy Matthews fusionne le blues, le rock et une touche de psychédélisme. Entouré de musiciens nordiques, il balance des riffs acérés et des solos incandescents. Son dernier album, sorti en 2024 chez Ruf Records, est une pépite à ne pas manquer et pour son premier concert sur le sol danois, le Britannique ne manquera pas de marquer les esprits, donnant le maximum quand bien même l’assistance est très disséminée. A revoir absolument dans une salle pleine pour capter réellement l’énergie que Krissy Matthews peux dégager !

Retour vers le Blues Hall, pour une rencontre au sommet entre Chicago et l’Europe avec John Primer & Giles Robson. John Primer, ancien guitariste de Muddy Waters, incarne le Chicago blues dans sa forme la plus pure. À ses côtés, Giles Robson, harmoniciste britannique au souffle impressionnant, apporte une touche européenne raffinée. Ensemble, ils revisitent les classiques avec respect et intensité et leur complicité sur scène transcende les frontières, mêlant ferveur électrique et élégance acoustique. Ce concert est une célébration du blues vivant, entre rugissements de guitare et envolées d’harmonica, dans l’écrin chaleureux du Blues Hall qui n’en manque pas une bouchée.

Changement de scène et place maintenant à l’élégance canadienne avec Colin James. Guitariste subtil, chanteur racé, Colin James navigue entre blues, soul et rock avec une aisance rare. Son dernier disque, « Chasing The Sun », est une ode au voyage intérieur, et sur scène, il enchaîne les morceaux avec une classe naturelle et une technique irréprochable. A ses côtés, on reconnait l’ami Steve Marriner à la basse et aux harmos, ce qui rappelle forcément de bons souvenirs des moments passés ensemble, que ce soir au Québec ou en France. Dans l’écrin de l’Arena, Colin James déploie une énergie feutrée, entre solos ciselés et groove délicat. Le public est embarqué dans un road trip émotionnel, porté par une voix chaleureuse et une virtuosité sans ostentation.

On retrouve le Blues Hall pour une dose de soul et de spiritualité avec Earl Thomas. Toujours aussi charismatique, Earl Thomas mêle gospel, blues et funk dans un cocktail vibrant. Sa voix puissante et son sens du spectacle font de chaque concert une célébration. Il revient avec une énergie renouvelée et une générosité intacte. Dans l’intimité de cette salle à échelle humaine, Earl Thomas transforme la scène en temple vibrant, entre ferveur gospel et groove incandescent. Chaque chanson devient un rituel, porté par une voix céleste et une présence magnétique.

A l’Arena, c’est l’heure des légendes avec Canned Heat. Les vétérans du boogie californien n’ont rien perdu de leur feu sacré. « On the Road Again » résonne comme un hymne intemporel, et leur groove hypnotique fait danser les générations. Un moment de communion entre histoire et présent. Sur scène, le groupe déroule ses classiques avec une ferveur intacte, entre solos incandescents et rythmiques envoûtantes. L’Arena devient pour un moment un lieu de mémoire, où chaque note ravive l’esprit libre du blues-rock californien. Vous en rêviez, Blues Heaven l’a fait !

Dernier détour par la Blues Hall pour clore cette première soirée avec Sari Schorr. La New-Yorkaise impose sa voix volcanique et son blues moderne. Elle explore les zones d’ombre avec intensité, et son album « Never Say Never » reste une référence, même si son successeur, « Joyful Sky », n’est absolument pas en reste. Sur scène, elle est une tornade d’émotion, entre force brute et vulnérabilité assumée. Dans l’atmosphère feutrée de la plus intime des salles du festival, Sari Schorr électrise l’assistance avec une présence magnétique et une sincérité désarmante. Chaque titre devient une confession ardente, portée par une voix qui griffe, caresse et bouleverse.

Il est temps de rejoindre l’hôtel, les oreilles pleines de notes, les jambes un peu lourdes, mais le cœur léger. Le sommeil est bien mérité.
Samedi 4 octobre :
Après une nuit de tempête et de pluie battante, la scène Blues Hall devait reprendre vie dès 15 heures mais à la suite de du désistement de Lil’ Jimmy Reed pour des raisons de santé, le début de cette seconde journée est repoussé d’une heure. On file donc vers l’Arena où le groove s’installe avec The Blue Benders. Menés par Samson Mirro, chanteur plein de charisme, les Blue Benders envoient un blues à la fois musclé, sexy et dansant. Leur premier EP, « Strike One » est un concentré d’énergie, porté par une section rythmique solide et des guitares bien placées. Sur scène, le groupe ne fait pas dans la demi-mesure, c’est jeune, c’est frais, ça claque, ça rebondit, ça transpire le groove. Les deux guitaristes mènent la danse avec une présence magnétique, et chaque solo déclenche des cris de joie dans le public. Arrivés seconds à l’European Blues Challenge en 2024, les Suédois confirment ce soir qu’ils ont un très bel avenir devant eux !

On part maintenant vers le Blues Hall pour rejoindre Sweet Marta & Johnny Bigstone. Le duo catalan, aujourd’hui en quartet avec des musiciens danois, se fait attendre un peu mais retrouve avec naturel les planches nordiques qu’il fréquente depuis des années et se produit presque comme à la maison, mais avec les tapas et les ramblas de Barcelone en moins. Leur blues teinté de West Coast swing, de jump blues et de Chicago blues, s’enrichit de nouvelles textures, porté par une rythmique souple et des dialogues instrumentaux gorgés de saveur. Marta à l’harmonica et Johnny à la guitare forment le noyau d’un univers solide et durable, entre tradition et fraîcheur, et si on en croit nos informations, un nouvel album succédant à « In The Market », sorti en 2020, est annoncé prochainement…

On traverse le hall retrouver une légende du blues puisque sur la scène Arena, c’est un héritage familial qui prend vie avec Mud Morganfield. Fils de Muddy Waters, Mud perpétue l’héritage avec panache. Sa voix puissante et son sens du swing font vibrer la salle. « Deep Mud », son tout nouvel album, est un hommage vibrant à son père et à la tradition du Chicago blues. Sur scène, Mud impose une stature impressionnante, entre élégance old school et charisme brut. Chaque morceau est une célébration vivante du Chicago blues, avec les reprises de son père bien entendu, mais aussi avec ses propres compositions, et le public le lui rend bien, debout et conquis. Les habitués auront forcément reconnu Kid Andersen à la basse, que l’on retrouvera un peu plus tard dans la soirée.

On retourne dans le Blues Hall pour une dose de fun et de virtuosité avec Boogie Boys & Retro Funk Horns. Les Polonais font danser la salle avec leur boogie endiablé, leurs cuivres funky et leur sens du show. C’est festif, c’est technique, et ça groove à tous les étages. Une vraie fête du blues moderne. Sur scène, c’est une tornade d’énergie et de bonne humeur, les musiciens s’échangent les solos comme des clins d’œil complices. Le public, debout dès les premières mesures, se laisse embarquer dans un tourbillon de swing, de boogie et de funk jubilatoire. Il manquait juste un peu plus de monde pour que la fête soit parfaite !

Du côté de l’Arena, place désormais aux Californiens déjantés de Rick Estrin & The Nightcats. Rick Estrin, maître de l’harmonica et du sarcasme, accompagné du génial Kid Andersen à la guitare, livre un set explosif. Leur album « The Hits Keep Coming » est une bombe, et en concert, c’est un feu d’artifice de talent et d’humour. Sur scène, Rick joue autant avec son harmonica qu’avec le public, multipliant les clins d’œil et les punchlines. Kid Andersen, lui, enchaîne les solos acrobatiques avec une aisance déconcertante, c’est du grand spectacle, à la fois drôle et virtuose. Et pour compléter ce tableau explosif, D’Mar bondit littéralement derrière ses fûts, jonglant entre groove et acrobaties avec une énergie contagieuse, tandis que Lorenzo Farrell aux claviers tisse des nappes funky et des solos ciselés qui ajoutent une touche de classe à ce show déjà survolté.

Dernier passage par le Blues Hall pour conclure en beauté avec The Cinelli Brothers. Les frangins italiens et leurs deux acolytes anglais et français envoient un blues vintage, teinté de soul et de rock. Leur disque « Almost Exactly » est une pépite, et leur énergie scénique est contagieuse. Ils incarnent une nouvelle génération qui respecte les racines tout en les réinventant. Sur scène, c’est une déferlante d’intensité, les Cinelli Brothers jouent comme s’ils étaient nés sur la 12-bar. Leurs échanges sont électriques, leurs harmonies vocales impeccables, et chaque morceau déclenche une ovation. Le Blues Hall vibrera ce soir jusqu’à la dernière note.

On ne se quittera pas sans adresser un immense merci à Peter Astrup et Gitte Adsersen mais aussi à toute la team du Blues Heaven Festival, aux amis photographes, aux bénévoles, et à Paul Benjamin pour sa fidélité et son enthousiasme. Deux jours de musique, de rencontres et d’émotions, portés par le souffle du blues et la chaleur humaine. Demain, retour matinal en voiture pour Aalborg, puis pour Amsterdam et enfin Paris en avion, en espérant que les cieux soient plus cléments qu’à l’aller. Le cœur, lui, restera vibrant encore longtemps. Rendez-vous en 2026 !
Fred Delforge – octobre 2025 |