mardi, 14 octobre 2025 J’aime (L’Un Dans L’Autre – Irfan (le label) – 2025) Durée 44’25 – 12 Titres
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Eric Philippon, alias Fil, est un musicien, compositeur et poète sonore né en Savoie. Cofondateur du groupe culte La Tordue qui a écumé les planches de 1989 jusqu’en 2003, il y a façonné une esthétique singulière mêlant chanson française, poésie urbaine et expérimentations musicales. Multi-instrumentiste, il s’est illustré par sa maîtrise de la guitare, du pédalier et d’une panoplie d’objets détournés, donnant vie à un univers artistique à la fois bricoleur et raffiné. Après la séparation du combo, Fil poursuit son chemin avec Pierre Payan dans des projets comme Mécanics, un ciné-concert pour les tout-petits, et au sein de la compagnie Udre Olik, où il compose et joue sur scène dans des spectacles mêlant théâtre et musique. Il collabore aussi avec Loïc Lantoine, dont il met en musique les textes avec une sensibilité rare. Artisan du son, sculpteur de l’intime, Fil explore les marges de la chanson avec une liberté revendiquée. Son œuvre est traversée par les mots de Jules Jouy, Paul Fort, Aragon, et ses propres textes, toujours portés par une guitare électrique méditative et mutine. Avec « J’aime », Fil signe un retour en solo aussi discret que lumineux. L’album, composé de morceaux originaux et de la mise en musique d’un poème de Jules Jouy, s’écoute comme une traversée intérieure, une balade dans les bois de la mémoire et du rêve. Dès les premières notes, on retrouve la patte de Fil, entre guitares électriques aux résonances limpides, atmosphères suspendues et voix parlée-chantée qui caresse plus qu’elle n’assène. Les instrumentaux comme « Horizon » ouvrent des paysages mentaux vastes, presque cinématographiques. Les chansons, elles, sont des sculptures sonores, « Le Jour, La Nuit », « Toujours » ou « En un mot » révèlent une écriture musicale qui épouse le souffle du texte sans jamais le dominer. Fil ne cherche pas l’effet, il cherche l’écho. Celui qui résonne longtemps après l’écoute. Il convoque les fantômes tendres de la chanson française, les magiciens du post-rock tels que Tortoise ou Kat Onoma, et les murmures du quotidien. « Mémé », par exemple, est une perle d’émotion brute, un hommage à la tendresse intergénérationnelle. Accompagné d’un très beau livret de seize pages, l’album est une invitation à prolonger l’écoute par la lecture, à entrer dans l’atelier du créateur pour mieux comprendre la genèse de cet album à la fois humble et ambitieux dans lequel Fil déploie son art du contre-chant, du contre-temps, du contre-pied. Un album à écouter les yeux fermé mais le cœur grand ouvert. |