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RADIO TARIFA pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
dimanche, 26 octobre 2025
 

La noche
(Buda Musique – Socadisc – 2025)
Durée 47’27 – 14 Titres

https://www.radio-tarifa.com 

Radio Tarifa a pris son envol à Madrid à la fin des années 1980, fruit d’une rencontre artistique entre Faín Sánchez Dueñas, multi-instrumentiste et arrangeur, Vincent Molino, spécialiste des vents et des instruments médiévaux, et Benjamin Escoriza, chanteur flamenco et poète. Leur nom évoque Tarifa, ville située à la pointe sud de l’Espagne, face au Maghreb, symbole de la porosité culturelle entre l’Europe et l’Afrique. Le trio s’est d’abord formé autour du projet Ars Antiqua Musicalis, explorant les musiques anciennes. Avec Radio Tarifa, ils ont élargi leur spectre en fusionnant flamenco, musiques médiévales, arabes, séfarades, et sonorités contemporaines. Leur approche est à la fois savante et populaire, mêlant les instruments traditionnels, oud, ney et darbuka, à des arrangements modernes et audacieux. Leur musique, profondément enracinée dans l’histoire méditerranéenne, est aussi un plaidoyer pour la coexistence des cultures. Près de vingt ans après la fin de Radio Tarifa et dix ans après la disparition de Benjamin Escoriza, Faín Sánchez Dueñas et Vincent Molino reviennent avec un projet profondément émouvant et ambitieux. Enregistré entre Hambourg et Madrid, « La Noche » est un hommage à l’esprit pionnier du groupe. Il mêle neuf chansons traditionnelles et cinq compositions originales, portées par une constellation de voix invitées, Javier Ruibal, Blanca Paloma, Eliseo Parra, Mizuki Wildenhahn, et bien d’autres encore. Chaque interprète apporte sa couleur, son histoire, son souffle. Le morceau-titre, « La Noche », enregistré en 2004 avec la voix de Benjamin Escoriza, agit comme un fil rouge entre passé et présent. C’est une valse musette poignante, écrite par Benjamin lui-même, qui donne à l’album sa profondeur prophétique. Musicalement, « La Noche » est un kaléidoscope, entre flamenco, polyphonies médiévales, chants grecs, japonais, bretons… Les arrangements de Faín Sánchez Dueñas sont d’une finesse rare, tissant des textures où les cordes, les vents et les percussions dialoguent avec les voix dans une alchimie subtile. Le disque est traversé par une mélancolie lumineuse, une joie grave, une quête de mémoire. « La Noche » est un voyage sonore, mais aussi un acte de résistance culturelle. Il rappelle que la musique peut survivre au temps, aux séparations, aux deuils. C’est un album pour les rêveurs, les passeurs, les amoureux de la beauté fragile …