mercredi, 29 octobre 2025 Selfish kind of gal (Delmark – 2025) Durée 46’01 – 10 Titres
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Native de Franklin, en Virginie, et élevée à Norfolk, Shirley Johnson est une chanteuse de blues et de soul dont la voix puissante et expressive incarne l’héritage du gospel et la fougue du rhythm and blues. Issue d’une famille profondément religieuse, elle débute à six ans dans une chorale d’église, bercée par les chants sacrés de Mahalia Jackson. Mais c’est en cachette qu’elle découvre les voix séculières de Koko Taylor, Etta James, Ruth Brown, B.B. King ou encore Bobby "Blue" Bland, des artistes qui lui révèlent la sensualité et la vérité du blues. Dans les années 1970, affranchie des interdits familiaux, Shirley s’impose sur la scène locale de Norfolk, ouvrant pour des légendes comme Aretha Franklin et Z.Z. Hill. Elle enregistre quelques singles dans les années 1980, puis s’installe à Chicago, où elle devient une figure incontournable du circuit blues. Elle collabore avec Little Johnny Christian, Artie "Blues Boy" White et Eddie Lusk, qui l’emmène en tournée internationale. Son style, à la croisée du blues, de la soul et du gospel, séduit par sa sincérité brute et son intensité émotionnelle. Depuis les années 1990, Shirley Johnson enchaîne les albums sur des labels comme Appaloosa et Delmark Records, consolidant sa réputation de diva du Chicago Blues. Avec « Selfish Kind Of Gal », Shirley Johnson fait cette fois le choix de proposer une compilation soigneusement agencée, qui revisite les titres qu’elle joue régulièrement, que ce soit dans les clubs ou dans les festivals, avec une audace narrative et une cohérence émotionnelle rare. C’est une sorte de relecture, une mise en scène de son propre parcours, où chaque titre devient un chapitre d’un manifeste féminin et bluesy. Le choix du morceau-titre donne le ton, la chanteuse assume ses désirs, ses colères, ses ruptures, et les transforme en hymnes de résistance intime. Ce titre, extrait de l’album « Blues Attack » sorti en 2009, devient ici le pivot d’un récit où la femme ne se contente plus d’attendre ou de pleurer mais où elle agit, elle tranche, elle revendique. La compilation puise dans ses albums « Killer Diller », « Blues Attack » et « They Call Me Shirley », mais les titres sont réordonnés avec soin, comme pour raconter une histoire de libération progressive. « I'm Going To Find Me A Lover » et « Your Turn To Cry » s’enchaînent à distance comme deux actes d’un drame conjugal inversé, où Shirley passe du constat à la revanche. « Take Your Foot Off My Back » résonne comme un slogan post-MeToo, bien que le morceau soit antérieur, preuve s’il en fallait que Shirley Johnson était en avance sur son temps. La cohérence sonore est impressionnante et malgré les années qui séparent les enregistrements, la production reste fidèle à l’esthétique du Chicago Blues, avec ses guitares nerveuses, ses cuivres mordants et ses rythmiques chaloupées. La voix de Shirley, toujours aussi expressive, traverse les époques sans perdre en intensité. Elle module, elle gronde, elle caresse, avec une palette vocale qui fait de chaque reprise une redécouverte. En recontextualisant ses morceaux, Shirley Johnson transforme cette compilation en autoportrait musical et réinterprète ses succès passés à la lumière d’un présent plus libre, plus affirmé. « Selfish Kind Of Gal » devient ainsi un album de mémoire active, un blues de la maturité, où chaque chanson est une revendication, une confession, une victoire. Une porte d’entrée idéale dans l’univers de Shirley Johnson, disponible en vinyle depuis la mi-septembre ! |