mardi, 02 décembre 2025 Breakwater (Big Jake Records – Frank Roszak Promotions – 2025) Durée 48’41 – 12 Titres
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Paul Filipowicz est un bluesman chicagoan pur jus, enraciné dans le terreau rugueux du West Side. Autodidacte, il apprend la guitare sans médiator, à l’oreille, en absorbant les vibrations de Magic Sam, Muddy Waters, Jimmy Dawkins et Luther Allison. Sa première révélation blues survient à l’adolescence, lorsqu’il capte une station de Tulsa diffusant Sonny Boy Williamson II et Howlin’ Wolf. Puis, c’est Otis Rush en live, dans un club de South Side, qui scelle sa vocation. Filipowicz ne joue pas le blues, il le vit pleinement, à sa manière. Depuis les années 1970, il écume les scènes américaines avec son propre groupe, ouvrant pour Hound Dog Taylor ou Mighty Joe Young, et forgeant une réputation de performer incandescent. Luther Allison lui glisse un jour à l’oreille : « Tu sais que t’es un bluesman, mais à chaque fois que tu montes sur scène, faut le prouver ». Installé à Madison, Wisconsin, Paul Filipowicz est aujourd’hui membre du Chicago Blues Hall of Fame et auteur de huit albums studio. Il incarne une tradition brute, sans fioritures, où chaque solo est une décharge d’âme et de sueur. Avec « Breakwater », le chanteur et guitariste signe un disque à la fois rugueux et poignant, comme un vieux cuir tanné par les tournées. Sorti en octobre dernier, l’album s’ouvre sur « Tuff Girl », un boogie nerveux qui plante le décor avec ses riffs tranchants, sa voix râpeuse, et cette pulsation organique qui fait vibrer les murs des clubs. Le morceau-titre, « Breakwater », agit comme une métaphore, un rempart contre les marées du temps, une digue dressée face à l’érosion du blues authentique. Paul Filipowicz y joue avec une intensité presque mystique, chaque note semblant jaillir d’un puits profond de souvenirs et de luttes. Parmi les pépites, « Sonny Boy » et « Lefty Philips » rendent hommage aux figures tutélaires du genre, tandis que « Conversation With JR » s’étire en jam introspective, presque méditative. Le guitariste y dialogue avec ses fantômes, ses mentors, ses compagnons de route. La reprise de « This Time I'm Gone For Good » d’Oscar Perry et Don Robey est un sommet de mélancolie, portée par une voix qui ne triche jamais. Et quand il s’attaque à « That’s The Truth » de J.B. Hutto, c’est avec la rage d’un survivant, d’un homme qui refuse de laisser le blues se fossiliser. « Breakwater » n’est pas un album de musée, c’est un cri, une danse, une prière. Paul Filipowicz y prouve, une fois de plus, qu’il est un des derniers à jouer le blues comme on saigne, sans filtre, sans calcul, avec l’âme à vif. |