lundi, 15 décembre 2025 Lodèr la vi (Buda Musique – Socadisc – 2025) Durée 32’11 – 8 Titres
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Saodaj a vu le jour en 2011sur l’île de La Réunion, et est rapidement devenu un des groupes phares de la nouvelle génération qui réinvente le maloya, cette musique traditionnelle réunionnaise longtemps interdite et devenue symbole de résistance et de mémoire. Fondé par la chanteuse Marie Lanfroy, bientôt rejointe par Jonathan Itéma aux percussions, le collectif s’est enrichi au fil des années de musiciens venus d’horizons variés qui apportent violoncelle, guitare électrique, didgeridoo, kayamb… autant d’instruments qui élargissent le spectre sonore du maloya et l’ouvrent aux musiques du monde. Leur premier EP, « Pokor Ler », paru en 2019, a marqué les esprits, suivi par l’album « Laz » trois ans plus tard, qui a confirmé leur capacité à mêler Créole et Français, poésie et engagement. Avec plus de trois cents concerts à la Réunion et à l’international, Saodaj s’est imposé comme un groupe nomade, porteur d’une identité plurielle et d’une énergie scénique vibrante. Leur musique questionne les beautés et les dérives du monde, avec une sensibilité qui oscille entre tradition et modernité. Le deuxième album du groupe, « Lodèr La Vi », sorti le début novembre chez Buda Musique, est bien plus qu’une suite, c’est une ode à la vie et à la mémoire. Le titre lui-même, qui signifie « Louer la vie » en Créole, rend hommage à Adrien Laxénaire, membre fondateur disparu en 2024. Cette absence plane sur l’album, mais elle se transforme en force créatrice, chaque morceau est une célébration, une résistance, une respiration. « Adyé Véli » ouvre l’album avec douceur, la voix suspendue de Marie Lanfroy portée par des cordes et des percussions qui annoncent un voyage intérieur. La chanson-titre incarne pour sa part l’esprit de l’album, un maloya vibrant, où la guitare électrique dialogue avec le kayamb et le violoncelle. Reprise d’un classique de Firmin Viry, « Somin grand bois » relie Saodaj à l’héritage des anciens tout en lui donnant une modernité lumineuse, tandis que « Domin » et « Foli », déjà dévoilés en clips, montrent la puissance rythmique et la richesse des arrangements vocaux. Enfin, « Pokor Lèr 2.0 » boucle l’album comme un clin d’œil à leurs débuts, revisité avec maturité et intensité. Ce disque est un pont entre les racines et l’avenir, le maloya y est respecté mais jamais figé. Les percussions traditionnelles se frottent aux cordes classiques, les textes en Créole et en Français s’entrelacent, et l’ensemble dégage une énergie à la fois intime et universelle. On y entend la douleur de la perte, mais aussi la joie de la transmission et la puissance de la communauté. Avec « Lodèr La Vi », Saodaj signe un album engagé, poétique et profondément humain. C’est une œuvre qui honore la mémoire tout en affirmant une vitalité créatrice. Le maloya y devient un langage universel, capable de toucher aussi bien les publics réunionnais que les scènes européennes. Un disque qui confirme Saodaj comme l’une des voix les plus singulières et nécessaires de la musique actuelle. |