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BLUES DE TRAVERSE : CONNOR SELBY pdf print E-mail
Ecrit par acciosmen  
mardi, 23 décembre 2025
 

TREMPLIN DE LA TRAVERSE – CONNOR SELBY
LA TRAVERSE – CLEON (76)
Le 14 décembre 2025

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Dernière ligne droite pour cette fin d’après-midi à la Traverse. La clôture du Blues de Traverse approche, et le public revient lentement, sans empressement excessif. Comme chaque année, la tête d’affiche, Connor Selby cette année, se fait attendre, les quatre candidats du tremplin doivent d’abord passer l’épreuve de la scène. Le nombre de candidatures reçues était important, preuve de l’attractivité de l’événement. Reste que le choix final, assumé par la direction, ne fera pas toujours l’unanimité.

En ouverture, Peter Chapeau Noir, le Dieppois. Grande silhouette élancée, cheveux longs et chapeau noir vissé sur la tête, il s’avance seul. Ou presque. Guitare acoustique, harmonica et batterie au pied constituent un dispositif minimaliste, efficace mais sans surprise.

Ses compositions, nourries de ses voyages, racontent le quotidien avec humour. Beaucoup d’humour, parfois au détriment de la profondeur musicale. Son nouvel EP, « Guinness », sorti cette année, explore les rapports à l’alcool, à la gourmandise, au travail et à l’amour. Des thèmes accessibles, traités sans prétention. Le public sourit, rit même, porté par son accent et ses « R » roulés à l’excès. Un moment sympathique, qui détend l’atmosphère.

Après vingt minutes et un changement de plateau, place aux Break Gently. Le contraste est saisissant. Trop, peut-être. Leur proposition s’éloigne nettement du blues attendu par une partie du public, visiblement dérouté. Ni humour, ni clin d’œil aux codes du genre, le groupe assume un univers plus frontal, à la croisée du rock alternatif et de l’indie.

Riffs incisifs, tensions sonores, passages planants, les influences de Last Train, Oasis ou Royal Blood sont perceptibles. La performance est maîtrisée, mais peine à trouver un véritable point d’ancrage émotionnel dans ce contexte précis. Une proposition intéressante sur le fond, mais sans doute mal positionnée dans cette programmation.

Avec Tiger Bloom, le public retrouve des repères plus familiers. Alcie et Jack, originaires d’Angleterre, ont trouvé refuge en Normandie, près de Caen. Valentin et Damien complètent la formation et apportent une assise rythmique solide. Leur univers oscille entre blues et rock, avec une efficacité certaine. Ils présentent en avant-première une nouvelle composition, encore jamais jouée sur scène, portée par la voix d’Alcie. Une voix remarquable, mais étonnamment sous-exploitée dans le choix global du set. Un manque frustrant tant son potentiel est évident.

Sur scène, Alcie capte l’attention, présence scénique affirmée, gestuelle maîtrisée, jeu avec sa chevelure. Le charisme opère, et le public suit. Sans être la proposition la plus audacieuse de la soirée, Tiger Bloom s’impose comme l’une des plus convaincantes et récolte logiquement les suffrages de nombreux spectateurs.

Dernier candidat, Oscar Ferdinand, propose encore un virage stylistique. Casquette de marin sur la tête, il entraîne le public dans un univers à la frontière de la guinguette et des musiques du monde. Latino, jazz, samba, rumba, mambo … le voyage est riche. Les influences se succèdent avec fluidité. Accompagné d’une rythmique solide, il navigue entre guitare et clarinette avec aisance et professionnalisme. L’ensemble est généreux, chaleureux, et clairement taillé pour la scène.

La promotion de son nouvel album trouve naturellement sa place dans le set. Oscar Ferdinand et son groupe reviendront en 2026 pour assurer une première partie, privilège accordé au vainqueur de ce 23ème tremplin.

Le tremplin est joué, l’heure est à la délibération. Après une courte attente, le public accueille la tête d’affiche sous les applaudissements, et Connor Selby entre en scène. Dès les premières notes, le ton est clair. Un blues pur, solidement ancré dans la tradition, exécuté avec une précision irréprochable. Tout est en place, peut-être même trop. Nul besoin de mise en scène, la présence de Connor Selby suffit à capter l’attention. Son jeu, son phrasé expressif et sa voix imposent une atmosphère dense et maîtrisée.

Entouré d’un groupe d’une grande justesse, il peut s’appuyer sur des claviers et une section rythmique tout en retenue, privilégiant la nuance à la démonstration. L’ensemble est élégant, cohérent, parfaitement tenu. Souvent présenté comme l’un des jeunes talents les plus prometteurs du blues britannique, Connor Selby démontre ici une maturité évidente. Si l’on peut regretter un set parfois trop sage, la sincérité et l’authenticité de son interprétation rappellent que le blues, lorsqu’il est porté avec autant de maîtrise, reste bien vivant.

Evelyne Balliner - décembre 2025