vendredi, 30 janvier 2026 One Mississippi (Repute Records – 2026) Durée 47’47 – 14 Titres
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Figure majeure du blues acoustique contemporain, Eric Bibb est né en 1951 à New York, au cœur d’un foyer où la musique était une seconde langue. Son père, Leon Bibb, chanteur folk engagé, accueillait à la maison des artistes comme Bob Dylan, Odetta ou Pete Seeger. Une atmosphère qui façonnera très tôt l’oreille et la conscience du jeune Eric. Formé à la High School of Music and Art, puis brièvement à Columbia University, Eric Bibb quitte les États-Unis au début des années 1970 pour l’Europe. Paris d’abord, puis Stockholm, où il trouve un environnement propice à son développement artistique. C’est là qu’il affine un style singulier, un blues acoustique nourri de folk, de gospel et de soul, porté par une voix douce et un jeu de guitare d’une grande finesse. Depuis les années 1990, Eric Bibb multiplie les albums, plus de quarante à ce jour, et les collaborations, tout en défendant une vision humaniste du blues. Nommé à plusieurs reprises aux Grammy Awards, récompensé par la Blues Foundation, il s’impose comme un passeur essentiel entre la tradition afro-américaine et les enjeux contemporains. Aujourd’hui encore, il poursuit une œuvre cohérente, tournée vers la transmission, la mémoire et la résilience. Avec « One Mississippi », Eric Bibb signe un album qui confirme son statut de conteur majeur du blues moderne. Entouré de son fidèle complice Glen Scott, il livre un disque ample, élégant, où la tradition dialogue constamment avec des arrangements plus contemporains. Le morceau-titre, coécrit avec Janis Ian et Fred Koller, résume parfaitement l’ouvrage et nous propose un blues acoustique racé, enrichi de touches instrumentales inattendues, fiddle, tuba, percussions latines, qui élargissent le cadre sans jamais le dénaturer. Eric Bibb reste fidèle à son ADN, mais il n’hésite pas à déplacer les lignes. Le single « This One Don’t », inspiré d’un concert à Vienne, apporte une énergie plus funk, presque jubilatoire. A l’opposé, « Muddy Waters » rend hommage au maître avec une sobriété qui rappelle combien Bibb sait faire parler le silence autant que les notes. L’album alterne ainsi les atmosphères, introspection avec « Didn’t I Keep Running », héritage avec « Go Down Ol’ Hanna », respiration lumineuse avec « It’s a Good Life », engagement social avec « We Got To Find A Way » … Parmi les titres marquants, « Crossroads Marilyn Monroe » revisite l’affaire Emmett Till, ce jeune Afro-Américain de 14 ans lynché en 1955 après les fausses accusations de Carolyn Bryant. Pour la troisième fois de sa carrière, Eric Bibb revient sur ce drame fondateur, mais en adoptant ici un angle inédit et en juxtaposant l’icône Marilyn Monroe et l’Amérique ségrégationniste, créant un contraste saisissant qui éclaire autrement cette tragédie. Le morceau, sobre et tendu, confirme son rôle de passeur de mémoire. La production de Glen Scott, précise et chaleureuse, joue un rôle clé. Elle met en valeur la voix d’Eric Bibb, toujours aussi posée, mais habitée d’une intensité tranquille. Rien n’est forcé, tout respire. « One Mississippi », à paraitre le 30 janvier prochain, est un disque qui relie les mondes, celui des pionniers, celui d’aujourd’hui, et celui qu’Eric Bibb continue de rêver à travers ses chansons. |