mercredi, 04 février 2026 Good soul (Blind Raccoon – 2026) Durée 60’22 – 12 Titres
http://www.charlestinermusic.com/
Originaire de Chicago, Charles Tiner appartient à cette lignée d’artistes dont la musique semble jaillir d’un héritage profondément vécu. Fils d’un pasteur baptiste, il grandit dans une maison où l’orgue, les harmonies gospel et la ferveur des offices dominicaux façonnent son oreille autant que son âme. C’est là que naît ce mélange singulier, la sensibilité d’un conteur, la ferveur d’un prédicateur, et la rugosité d’un bluesman. Multi‑instrumentiste complet, piano, orgue, arrangements et écriture, Tiner développe très tôt une vision globale de la musique. Il ne se contente pas de jouer, il construit, il sculpte, il raconte. Cette approche artisanale et instinctive l’amène à publier en 2021 son premier album, « N’Treble », un autoproduit qui lui vaut d’être finaliste à l’International Blues Challenge en 2022 sous la bannière de l’Illinois Central Blues Club. Avec « Good Soul », son deuxième album, Charles Tiner franchit un cap. Il y condense tout ce qui fait sa signature, des chansons riches en images, une voix habitée, des arrangements lumineux et une manière très personnelle de faire dialoguer blues, soul et gospel. Onze compositions originales et une reprise réinventée composent ce disque qui confirme ce que ses pairs avaient déjà perçu, Charles Tiner n’est pas seulement un musicien talentueux, c’est un véritable architecte de la soul contemporaine, un artiste capable de transformer son vécu en un langage universel. L’album porte bien son nom puisque l’on y retrouve cette chaleur humaine, cette sincérité brute et cette intensité spirituelle qui traversent toute l’histoire personnelle de l’artiste. Mais surtout, on y découvre un musicien arrivé à pleine maturité, capable de faire dialoguer la rue, l’église et le cœur dans un même souffle. Dès « Be A Man », l’album s’ouvre comme une déclaration de survie. L’orgue rugit, la voix se cabre, et Tiner pose le décor, celui d’un homme qui a traversé la nuit et qui chante pour rester debout. On sent la chair, la poussière, la vérité. « Bad Woman » enchaîne avec un blues piquant, porté par des cuivres insolents et un groove qui claque comme une mise en garde. C’est vif, c’est joueur, c’est irrésistiblement old school. Avec « Blue Moon », Tiner revient à un blues plus dépouillé, presque domestique, où son piano et sa voix se répondent comme deux vieux compagnons de route. Puis vient « Don’t Bau Me Nun », un moment suspendu, presque rural, où l’harmonica pleure et où la guitare acoustique d’Eddie Smith apporte une couleur front‑porch authentique. On y entend l’homme derrière l’artiste, celui qui encaisse, qui endure, mais qui avance. L’album prend ensuite une dimension plus cinématographique avec « Night Rider », véritable ode nocturne, et surtout « Peace By The River », morceau ample et orchestral où Charles Tiner laisse éclater toute sa puissance émotionnelle. C’est un des sommets du disque, une tempête qui finit en prière. « Stick Around » ramène la soul élégante, celle des cuivres soyeux et des déclarations d’amour à la musique. « She Made A Move On Me » joue la carte du jazz feutré, tandis que « Two Wrongs Don’t Make It Right » plonge dans un slow blues incandescent, porté par un solo de guitare tranchant et une interprétation vocale d’une intensité rare. Dans « Don’t Be A Fool Too Long », Tiner retrouve ses racines de prédicateur avec un spoken‑word qui sonne comme un conseil fraternel. Puis il revisite « Don’t Let The Devil Ride », classique gospel de 1968, en un funk blues brûlant, presque liturgique, où l’on sent l’église vibrer sous les pieds. Enfin, « Put Your Money On Me » clôt l’album dans un sourire. Piano lumineux, harmonica bondissant, contrebasse souple, tout respire la joie simple, l’optimisme, la camaraderie. Tiner y glisse un falsetto malicieux, comme un clin d’œil à l’auditeur qui l’a suivi jusqu’au bout. Album généreux, habité, profondément humain, « Good Soul » est un disque qui ne cherche pas l’esbroufe mais la vérité. Charles Tiner y apparaît tel qu’il se décrit, un gars ordinaire avec beaucoup d’âme. Sauf qu’à l’écoute, on comprend vite qu’il n’a rien d’ordinaire … |