vendredi, 06 février 2026 Slideways (Alligator Records – 2026) Durée 50’05 – 13 Titres
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Depuis près de quarante ans, Lil’ Ed & The Blues Imperials incarnent l’une des forces les plus authentiques, les plus joyeuses et les plus indomptables du Chicago blues moderne. Fondé autour du guitariste-chanteur Lil’ Ed Williams, héritier direct de la tradition slide de son oncle J.B. Hutto, le groupe s’est imposé comme un bastion de fidélité au blues électrique brut, celui qui sent la sueur, la fête et les nuits sans fin dans les clubs de la Windy City. Le line-up, d’une stabilité presque mythique, réunit depuis 1989 les mêmes compagnons de route, Mike Garrett aux guitares, James “Pookie” Young à la basse et Kelly Littleton à la batterie. Cette longévité rare nourrit une cohésion scénique explosive, souvent décrite comme l’une des plus irrésistibles du circuit blues. Ensemble, ils ont sillonné les États-Unis et l’Europe, devenant des ambassadeurs infatigables d’un blues à la fois festif, profond et viscéral. Avec « Slideways », Lil’ Ed & The Blues Imperials rappellent avec panache pourquoi ils demeurent, depuis quarante ans, l’un des groupes les plus vivants et les plus généreux du Chicago blues. Dixième album pour Alligator Records, ce cru 2026 condense tout ce qui fait la force du quatuor, une slide incandescente, un groove qui claque comme un drap secoué au vent, et cette joie contagieuse qui transforme chaque morceau en célébration. Dès l’ouverture avec « Bad All By Myself », le ton est donné, un shuffle nerveux, une guitare qui mord, et la voix d’Ed Williams, toujours aussi rugueuse, qui semble sortir d’un club enfumé du West Side. Le morceau, déjà dévoilé en single, fonctionne comme une carte de visite, énergie brute, humour, et une section rythmique qui avance comme un train lancé à pleine vitesse. Le groupe enchaîne ensuite avec une série de titres où la slide d’Ed, fêtant ses soixante-dix ans, brille d’une intensité presque juvénile. Sur « One Foot On The Brake, One On The Gas », il joue avec les dynamiques comme un funambule électrique. « The Flirt In The Car Wash Skirt » apporte une touche de malice typiquement “Imperials”, tandis que « Homeless Blues » dévoile une facette plus sombre, portée par un jeu de guitare plus retenu, presque plaintif. La présence du jeune pianiste-organiste Ben Levin sur huit titres ajoute une couleur supplémentaire, un grain soul, parfois gospel, qui enrichit l’ensemble sans jamais trahir l’ADN du groupe. Sur « Make A Pocket For Your Grief », son jeu dialogue avec la slide d’Ed dans un échange d’une grande finesse. Mais « Slideways » n’est pas seulement un album de musiciens virtuoses, c’est également un disque profondément humain. « More Time » et « If I Should Lose Your Love » rappellent que le blues, chez Lil’ Ed, n’est jamais une posture. C’est une manière de raconter la vie, ses bosses, ses éclats, ses excès, ses regrets. La dernière partie du disque, avec « Cold Side Of The Bed » ou « What Kind Of World Is This? », montre un groupe qui, sans renier son énergie festive, sait aussi ralentir, respirer, et laisser la mélancolie s’installer. Tout bien considéré, « Slideways » est peut-être l’un des albums les plus aboutis de la carrière du groupe, un disque qui ne cherche pas à moderniser le blues mais plutôt à le jouer avec une telle sincérité, une telle intensité, qu’il en devient intemporel. Lil’ Ed & The Blues Imperials prouvent qu’ils ne sont pas seulement des survivants du Chicago blues, ils en sont les gardiens fiers et flamboyants. Dans les bacs dès le 27 février ! |