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BROTHER JOHN pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
vendredi, 13 février 2026
 

Black crow
(Blind Raccoon – 2026)
Durée 53’05 – 13 Titres

https://www.johnnynever.com 

Brother John, c’est d’abord une rencontre. Celle de Johnny Never, guitariste au jeu délicat et chanteur à la voix claire, et de John Colgan‑Davis, harmoniciste au souffle profond, héritier des grandes figures de Philadelphie. Deux musiciens qui n’ont jamais cherché à moderniser le blues pour le moderniser, mais à le faire vivre avec sincérité, en respectant ses silences, ses respirations, ses fragilités. Johnny Never apporte la douceur, la précision, cette façon de laisser la guitare raconter avant même que les mots n’arrivent. Colgan‑Davis, lui, souffle comme on ouvre un vieux carnet de route, chaque note d’harmonica porte un souvenir, une poussière de chemin, un éclat de vérité. Ensemble, ils deviennent Brother John, un duo qui fait du blues une conversation intime, presque confidentielle. Leur musique n’est jamais démonstrative, elle est habitée, humble, profondément humaine. Cette complicité trouve son expression la plus aboutie dans « Black Crow », un album qui s’écoute comme on traverse un paysage ancien. Dès les premières mesures, on comprend que rien ici n’est forcé. Johnny Never installe un climat dépouillé, presque méditatif, tandis que Colgan‑Davis plane au‑dessus avec un harmonica tantôt plaintif, tantôt lumineux. Le morceau‑titre résume à lui seul la philosophie du duo. Le corbeau y devient symbole, témoin silencieux, messager des routes, compagnon des solitudes. La guitare avance en arpèges sobres, l’harmonica hésite entre ombre et lumière, et l’ensemble crée une tension retenue qui touche droit au cœur. On y entend ce que Brother John sait faire mieux que beaucoup, dire beaucoup avec peu, laisser l’espace respirer, faire confiance au souffle. Le reste de l’album alterne entre ballades introspectives et blues plus rugueux, mais toujours sans agressivité. On sent l’héritage du Delta, mais aussi une douceur folk qui donne au disque une couleur singulière. Brother John ne cherche pas à réinventer le genre, il l’habite, il le sert, il l’honore. « Black Crow » n’est pas un album qui se consomme, c’est un disque qui se fréquente, qui demande de la disponibilité, et qui en retour offre une profondeur rare. Dans un monde où tout va vite, Brother John rappelle que le blues est une affaire de patience, de respiration, d’humanité. Un album précieux, humble, et profondément vrai !