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JOSEPH MARTONE pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
jeudi, 19 février 2026
 

Endeavours
(Rivertale Productions – Absilone – InOuïe Distribution – 2026)
Durée 30’09 – 9 Titres

https://www.facebook.com/profile.php?id=61569131143542 

Joseph Martone fait partie de ces artistes qui ne rentrent dans aucune case, et c’est précisément ce qui le rend indispensable. Né à Montréal, élevé entre Naples et les Etats‑Unis, il a grandi sur des routes qui ne se ressemblent pas, et cette géographie éclatée s’entend dans chaque recoin de sa musique. Martone n’a jamais cherché à jouer les rockstars, il préfère les bars où l’on écoute vraiment, les studios où l’on prend son temps, les chansons qui disent quelque chose de vrai. Son parcours ressemble à une succession de traversées, des continents, des langues, des amitiés, des doutes. Très tôt, il se nourrit de folk américaine, de blues poussiéreux, de rock indé et de cette mélancolie méditerranéenne qui colle à la peau. Sa voix, légèrement voilée, porte la fatigue des voyageurs et la douceur de ceux qui continuent malgré tout. Sur scène, il dégage une présence calme, presque magnétique, qui contraste avec la densité émotionnelle de ses textes. C’est dans cet esprit qu’il façonne « Endeavours », un album qui marque un tournant dans sa trajectoire. Pour l’accompagner, il s’entoure de Taylor Kirk (Timber Timbre), maître des atmosphères nocturnes et des ombres épaisses. Ensemble, ils construisent un disque qui ne cherche pas le clinquant mais plutôt la vérité. Dès les premières secondes, « Endeavours » impose son climat, une nuit profonde, traversée de halos, où chaque instrument semble respirer. Kirk apporte sa patine sombre, ses guitares feutrées, ses claviers fantomatiques. Mais Martone, lui, injecte une chaleur humaine qui empêche l’ensemble de basculer dans la froideur. Le résultat est un équilibre rare, un folk-rock crépusculaire, tendu mais jamais désespéré. Martone écrit comme on confie un secret. Pas de posture, pas d’effets inutiles. Ses textes parlent de routes parcourues, de liens qui se défont, de la nécessité de continuer à avancer même quand le sol tremble. On pense parfois à Calexico pour les horizons poussiéreux, à Leonard Cohen pour la gravité tranquille, à Damien Jurado pour la fragilité assumée. Mais Martone reste Martone, un songwriter qui ne copie personne, qui creuse son propre sillon. L’un des grands atouts de « Endeavours », c’est l’espace. Les arrangements ne saturent jamais. Les silences comptent autant que les notes. Les percussions sont minimalistes, les guitares murmurent, les claviers flottent. On a l’impression d’écouter un disque enregistré tard dans la nuit, quand tout le monde dort et que les vérités les plus simples remontent à la surface. Ce n’est pas un album qui cherche le tube. C’est un album qui s’infiltre. Qui gagne en profondeur à chaque écoute. Un disque de maturité, de lucidité, de résistance douce. Joseph Martone y signe peut‑être son travail le plus abouti, un voyage intérieur, intime, lumineux par endroits, toujours profondément humain. Avec ce second effort, l’artiste confirme qu’il appartient à cette famille de songwriters qui avancent loin du bruit, mais qui laissent une trace durable. C’est un disque pour ceux qui aiment les routes nocturnes, les confidences sans fard et les chansons qui ne trichent pas. Un album rock dans l’âme, pas par le volume, mais par l’intégrité.