dimanche, 22 février 2026 Vibes a péyi là (Continuo Musique – 2026) Durée 55’37 – 10 Titres
https://jocelynmenard.com/caribbean-jazz-group/
Dans le paysage foisonnant du jazz caribéen, Jocelyn Ménard occupe une place à part. Saxophoniste martiniquais installé entre l’Europe et l’Amérique du Nord, il a bâti au fil des années un univers sonore où les racines créoles se frottent aux libertés du jazz moderne. Pas de folklore figé, pas de carte postale tropicale, Ménard avance avec la rigueur d’un artisan et l’instinct d’un conteur, façonnant un langage où biguine, calypso, gwo ka et swing se répondent sans jamais s’annuler. Le Jocelyn Ménard Caribbean Jazz Group est le laboratoire de cette esthétique. Une formation mouvante mais fidèle à une ligne claire, faire dialoguer les rythmes de la Caraïbe avec une écriture jazz exigeante, sans renoncer à la chaleur, au groove ni à la dimension populaire de ces musiques. Sur scène comme en studio, le groupe déploie un son identifiable, porté par le saxophone de Jocelyn Ménard, à la fois limpide, chantant et traversé d’une nostalgie lumineuse. Un jazz qui ne cherche pas l’esbroufe, mais la vérité du geste. Avec « Vibes A Péyi Là », Jocelyn Ménard signe un disque qui s’écoute comme un retour aux sources, mais sans jamais céder à la facilité du rétro. Le titre annonce la couleur, il s’agit de convoquer les vibrations d’hier pour mieux les réinventer aujourd’hui. Et dès les premières secondes, le pari est tenu. L’album s’ouvre sur un groove créole solide, porté par des percussions qui respirent la rue, la fête, la mémoire. Le piano navigue entre couleurs latines et touches bluesy, tandis que le saxophone de Ménard déroule des lignes mélodiques d’une clarté désarmante. Pas de démonstration, pas de surjeu, juste un phrasé précis, une respiration ample, une manière de laisser la musique raconter ce qu’elle a à dire. Ce qui séduit, c’est l’équilibre. « Vibes A Péyi Là » ne cherche jamais à impressionner. Il avance avec une élégance tranquille, alternant biguines modernisées, ballades créoles et éclats de jazz modal. Chaque morceau possède son identité, mais l’ensemble reste cohérent, tenu par une écriture fine et un sens du collectif qui fait plaisir à entendre. Les musiciens ne se marchent jamais dessus, chacun trouve sa place, chacun apporte sa couleur. Pour un lectorat rock habitué aux disques qui cognent, « Vibes A Péyi Là » pourrait sembler trop doux. Ce serait passer à côté de sa vraie force, une intensité souterraine, un groove qui ne force rien mais qui s’installe durablement, presque physiquement. C’est un album qui ne cherche pas la confrontation, mais la profondeur. Un disque qui ne s’impose pas, mais qui s’infiltre. Et surtout, un disque qui rappelle que la Caraïbe n’est pas seulement un décor exotique mais que c’est aussi un territoire musical riche, complexe, vibrant, dont Ménard est l’un des passeurs les plus constants. « Vibes A Péyi Là » est un album élégant, habité, qui réussit à conjuguer mémoire et modernité sans jamais tomber dans la caricature. Un disque qui groove sans forcer, qui émeut sans pathos, et qui confirme Jocelyn Ménard comme l’une des voix essentielles du jazz caribéen contemporain. Dans les bacs depuis le 21 février ! |