samedi, 28 février 2026 Bartok (Autoproduction – 2026) Durée 29’37 – 8 Titres
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Il y a des musiciens qui suivent la route, et d’autres qui la redessinent. Marco Bartoccioni, alias Bartok, fait clairement partie de la seconde catégorie. Depuis plus de vingt‑cinq ans, ce guitariste et multi‑instrumentiste italien secoue les scènes européennes avec un son qui n’appartient qu’à lui, un mélange de blues primitif, de rock alternatif et d’électronique minimaliste, porté par une lap steel qu’il joue debout, comme une arme de précision. Son parcours ressemble à une longue diagonale électrique, festivals en France, en Europe de l’Est, aux États‑Unis, power trio incandescent, concerts où sa lap steel rugit comme un moteur de bécane lancé à plein régime. Bartoccioni ne cherche pas à imiter les maîtres mais cherche au contraire à pousser le blues dans le futur, à lui injecter une tension moderne, presque cinématographique. Après le succès de « Play The Joker » paru en 2023, il décide de frapper plus fort. Plus brut. Plus personnel. C’est là qu’arrive « Bartok », un album né dans un moment de vie intense, la maladie de son père. Une chanson écrite pour lui devient le cœur du projet, son noyau émotionnel. A partir de là, tout s’aligne, Marco Bartoccioni comprend qu’il doit faire un disque qui dit qui il est, sans filtre, sans détour. Un disque‑identité. Il enregistre presque tout lui‑même, guitares, lap steel, basse, synthés, voix, avec la batterie de Piero Pierantozzi en renfort. Paolo De Stefani produit, Dave Bechtel mixe « Wild Dogs » à Nashville, et le mastering américain donne au tout une patine moderne, large, élégante. Résultat, un son massif, vibrant, tendu comme un arc. Huit titres. Pas un de trop. « Bartok » est un album qui ne bavarde pas, il frappe, il avance, il respire, il brûle. Avec des titres comme « No Way Back » et son ouverture sèche, introspective, tendue. Bartoccioni parle des choix irréversibles, du temps qui file, des routes qu’on ne peut plus quitter. Le blues y croise des textures modernes, presque industrielles. Ça pose le décor, sombre, lucide, habité. « He Comes to Me » est un morceau volontairement absurde, construit comme un collage de clichés. Derrière le délire, une critique acide de la musique fast‑food et de l’appauvrissement culturel. Bartok s’amuse, mais le message pique. « Politicians Puppets » est indiscutablement le titre le plus frontal. Une charge contre la corruption, la manipulation, la passivité. La lap steel devient tranchante, presque agressive. C’est un cri de révolte qui ne cherche pas la nuance. « Love Is Gone » raconte un choc émotionnel. La séparation, la douleur, mais aussi la possibilité d’un lien qui survit autrement. La guitare volontairement brisée reflète la fracture intérieure. C’est un des titres les plus forts du disque. « Wild Dogs » est un road trip à moto, un vent chaud dans la figure, un moment de liberté pure. Le morceau sent l’essence, la poussière et l’amitié. « Lies and Lies », avec Roberto Luti en invité, permet à l’artiste de régler ses comptes. Pas de pardon, pas de détour, juste la vérité qui claque. Un blues moderne, nerveux, qui mord. « I’ve Got No Money », coécrit avec Christina Grisolia, rappelle que le bluesman vit d’émotions, pas de billets. C’est un morceau simple, direct, authentique. Le genre de chanson qui pourrait être jouée au coin d’un bar ou sur une grande scène sans perdre une once de vérité. Et bien entendu « Burn in Your Soul », qui est le cœur battant de l’album. Un hommage bouleversant à son père, porté par le piano de Francesco Santalucia. Une montée émotionnelle qui serre la gorge. Le morceau qui ouvre l’album et qui explique tout le reste. « Bartok » n’est pas un disque de plus dans la carrière de Marco Bartoccioni. C’est le disque où il s’affiche tel qu’il est, avec un son brut, moderne, viscéral. Avec une lap Steel qui devient un cri et un blues qui regarde droit vers l’avenir. Chapeau l’artiste ! |