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BILLY THOMPSON pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
dimanche, 01 mars 2026
 

This world
(MoMojo Records – 2026)
Durée 62’57 – 14 Titres

https://billythompsonmusic.com/ 

Il existe des musiciens qui traversent les époques comme des météores, laissant derrière eux une traînée de lumière discrète mais indélébile. Billy Thompson fait partie de ceux-là. Guitariste, chanteur, compositeur, homme de scène avant tout, il incarne cette génération de bluesmen qui ont grandi dans l’ombre des géants tout en refusant de n’être que leurs héritiers. Chez lui, le blues n’est pas un musée, c’est une matière vivante, mouvante, qui respire, se tord, s’ouvre à d’autres couleurs. Né en Californie mais façonné par les routes du Sud et de la côte Est, Thompson a longtemps été un musicien de l’entre‑deux, entre tradition et modernité, entre groove urbain et poussière des bayous, entre la rigueur du studio et la liberté totale du live. On l’a vu accompagner des figures comme CJ Chenier, Little Milton, Albert King ou Art Neville, absorber leurs leçons, puis tracer sa propre voie. Sa guitare, reconnaissable entre mille, oscille entre la précision d’un artisan et l’abandon d’un conteur. Elle pleure, elle crie, elle cajole, elle danse. Au fil des décennies, Thompson a construit une discographie cohérente, sincère, sans jamais céder à la facilité. Chaque album ressemble à une étape, un carnet de route, un instantané de vie. Et parmi ces jalons, « This World » occupe une place particulière, celle d’un disque qui synthétise son parcours tout en ouvrant une nouvelle fenêtre sur son univers. Ce nouvel effort impose une évidence, Billy Thompson n’a rien perdu de son feu intérieur. L’album respire la maturité, mais une maturité qui ne s’assagit pas, qui s’affirme. On y retrouve ce mélange de blues électrique, de soul chaude, de funk organique et de rock racé qui constitue sa signature, mais avec une profondeur nouvelle, presque méditative. La production, soignée sans être lisse, laisse la place aux respirations, aux silences, aux nuances. La guitare de Thompson occupe le centre du tableau, mais jamais au détriment du collectif. Les claviers enveloppent, la section rythmique pulse avec une élégance naturelle, et la voix, légèrement éraillée, pleine de vécu, raconte plus qu’elle ne démontre. Le titre « This World » n’est pas anodin. Billy Thompson y observe le monde tel qu’il est, beau, chaotique, fragile, parfois cruel, souvent surprenant. Les textes oscillent entre introspection et regard social, sans jamais tomber dans le prêche. Il chante ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il espère. Certaines pistes s’enracinent dans le blues le plus classique, avec des riffs qui sentent la route et la sueur. D’autres s’aventurent vers des territoires plus soul, presque gospel, comme si Thompson cherchait à réconcilier la terre et le ciel. Et puis il y a ces morceaux plus nerveux, où la guitare se fait tranchante, presque rock, rappelant que le blues n’a jamais été un genre figé, et c’est précisément ce qui rend l’album si attachant. Il sonne vrai, il sonne juste, il sonne humain. Dans un monde où tout va trop vite, Billy Thompson rappelle que le blues, lui, prend son temps. Et qu’il continue, encore aujourd’hui, à dire l’essentiel.