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TRAM pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
mardi, 03 mars 2026
 

Alligator
(Les Entêtés – L’Autre Distribution – 2026)
Durée 42’36 – 14 Titres

https://www.facebook.com/tram.officiel/ 

Il y a des groupes qui avancent sans jamais perdre leur cap, mais qui savent changer de peau pour rester vivants. Tram, anciennement Tram des Balkans, appartient à cette famille rare, celle des formations qui se réinventent sans renier ce qui les a façonnées. Depuis le début des années 2000, le groupe trace une trajectoire singulière, d’abord nourrie par les musiques d’Europe de l’Est, puis élargie au fil des années vers une esthétique plus vaste, plus libre, plus personnelle. A leurs débuts, Tram des Balkans s’impose comme un ovni incandescent, un quintet à l’énergie brute, où les cordes virevoltent, où les voix se répondent en polyphonies fiévreuses, où les rythmes balkaniques se frottent au jazz, au folk, au rock. Très vite, la scène devient leur terrain naturel. On parle d’eux comme d’un groupe généreux, habité, capable d’embraser une salle en quelques mesures. Leur musique, d’abord très ancrée dans un héritage géographique, se transforme au fil des tournées, des rencontres, des années. Les influences se mélangent, les frontières s’estompent, la palette s’élargit. Alors, en 2023, le groupe franchit une étape symbolique, Tram des Balkans devient Tram. Un nom plus court, plus direct, plus fidèle à ce qu’ils sont devenus. Non plus un groupe “inspiré par”, mais un groupe qui inspire, qui crée son propre langage, sa propre géographie intérieure. Tram, c’est désormais une musique-monde, une chanson organique, une écriture collective où chaque membre apporte sa couleur, son souffle, son histoire. Cette mue trouve son expression la plus aboutie dans leur nouvel album, « Alligator », un disque qui marque à la fois une continuité et un renouveau. Avec lui, Tram signe un album dense, vibrant, qui semble respirer comme un animal vivant. Le titre intrigue, amuse, inquiète un peu. Mais l’alligator ici n’est pas une menace, c’est une métaphore. Celle d’une force primitive, d’un instinct enfoui, d’une énergie qui sommeille sous la surface et que la musique réveille. On retrouve immédiatement ce qui fait la signature du groupe, des voix qui s’enlacent et se répondent, des cordes qui tracent des lignes de fuite, des rythmes qui avancent en spirale, une tension douce, presque hypnotique … Tram ne cherche pas l’esbroufe. Ils installent un climat, une respiration, un mouvement. Leur musique avance comme un reptile, lentement d’abord, puis soudainement, avec une précision chirurgicale. L’une des grandes réussites d’« Alligator » réside dans sa production. Le disque est riche mais jamais saturé, complexe mais toujours lisible. On sent un groupe qui connaît parfaitement ses forces, la puissance des polyphonies, l’élégance des arrangements, la capacité à faire monter la tension sans jamais la brusquer, et un sens du récit musical qui évoque autant la route que l’introspection. Chaque morceau semble pensé pour la scène, mais tient parfaitement en studio grâce à une réalisation qui laisse respirer chaque instrument, chaque souffle, chaque silence. « Alligator » marque clairement l’entrée de Tram dans une nouvelle ère. Les Balkans sont toujours là, mais comme une couleur parmi d’autres, un souvenir intégré dans un langage plus vaste. Le groupe assume désormais une chanson-monde, une écriture qui puise autant dans la tradition que dans la modernité, autant dans l’intime que dans le collectif. Avec « Alligator », Tram signe l’un de ses disques les plus aboutis, un album qui mord quand il le faut, qui enlace quand il le veut, et qui ensorcelle presque toujours. Une œuvre qui confirme que le groupe, loin de se reposer sur son histoire, continue de tracer sa propre voie, sinueuse, libre et profondément humaine.