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NEAL BLACK & THE HEALERS pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
mercredi, 04 mars 2026
 

Number 3 monkey
(Gel Productions - PIAS – 2026)
Durée 52’18 – 12 Titres

https://www.nealblack.net 

Né au Texas, façonné par les bars enfumés de San Antonio et les routes interminables du Sud, Neal Black porte dans sa voix rocailleuse et dans son jeu de guitare tranchant toute la poussière, la rudesse et la poésie du blues américain. Depuis les années 90, il trace un sillon singulier, un blues sombre, nerveux, volontiers introspectif, où se croisent les fantômes de John Lee Hooker, les ombres du rock sudiste et une écriture personnelle qui ne cède jamais à la facilité. Installé en France depuis de nombreuses années, le Texan a trouvé sur le Vieux Continent un terreau fertile pour ses histoires de marginaux, de routes cabossées et de nuits trop longues. Autour de lui, The Healers, formation mouvante mais toujours redoutablement efficace, incarne cette alchimie rare entre précision et sauvagerie. On y retrouve des musiciens capables de passer d’un groove moite à une déflagration électrique en un clin d’œil, au service d’un frontman qui ne triche jamais. Sur scène, Neal Black ne joue pas le blues, il l’habite, il le raconte, il le vit. Au fil des albums, il a construit une œuvre cohérente, dense, où l’on retrouve cette signature immédiatement reconnaissable, un son brut, des riffs acérés, une voix qui semble avoir traversé mille tempêtes, et surtout une écriture qui refuse les clichés. Neal Black parle de solitude, de rédemption, de violence sourde, de survie, des thèmes qui donnent à son blues une profondeur presque littéraire. Avec « Number 3 Monkey », Neal Black & The Healers livrent un album qui frappe par sa cohérence et son intensité. Dès les premières mesures, on retrouve cette atmosphère sombre et hypnotique qui fait la marque de fabrique du bluesman. Le disque s’ouvre sur un blues lourd, presque menaçant, où la guitare tranche comme une lame et où la voix de Black semble surgir d’un bar déserté à la fermeture. On comprend immédiatement que l’album ne fera aucune concession. Neal Black maîtrise parfaitement le clair-obscur et alterne les morceaux tendus, presque rock, avec des titres plus dépouillés où la fragilité affleure. Les Healers, eux, jouent avec une précision chirurgicale, la section rythmique avance comme une machine bien huilée, tandis que les guitares tissent des textures tantôt rugueuses, tantôt élégantes. On sent une formation soudée, qui connaît parfaitement le terrain émotionnel de son leader. L’écriture, elle, reste fidèle à l’univers de l’artiste avec des histoires de routes sans fin, de démons intérieurs, de personnages cabossés qui cherchent une lumière dans un monde qui n’en offre pas beaucoup. Mais loin de s’enfermer dans un blues passéiste, « Number 3 Monkey » respire la modernité. Les arrangements sont ciselés, le son est massif sans être clinquant, et chaque titre semble pensé pour frapper juste. Parmi les moments forts, on retient un mid-tempo poisseux où la guitare slide semble gémir comme un animal blessé, ou encore un morceau plus acoustique où la voix de Black, presque murmurée, dévoile une vulnérabilité rare. L’album se clôt sur une pièce plus lumineuse, comme une respiration après la tempête, preuve que Neal Black sait manier la tension autant que la délivrance. Au final, « Number 3 Monkey » est un disque solide, habité, sur lequel on remarque des invités comme Nico Wayne Toussaint ou Janet Martin, un album qui confirme ce que les amateurs savent déjà, Neal Black & The Healers sont l’une des formations les plus authentiques et les plus inspirées du blues contemporain. Pas de poudre aux yeux, pas de démonstration gratuite, juste du blues, du vrai, celui qui raconte des histoires et qui laisse des traces.