Accueil du portail Zicazic.com
European Blues Union


Zicazic on Twitter. Zicazic on Facebook.

Flux RSS ZICAZINE

Qu'est-ce que c'est ?

Accueil

> MENU
 Accueil
 ----------------
 Chroniques CD's
 Concerts
 Interviews
 Dossiers
 ----------------

PATRICK RONDAT pdf print E-mail
Ecrit par Stephane Burgatt  
vendredi, 29 avril 2005
 

« Ca change quoi qu’on télécharge la star ac' ? Les mecs ne seront plus là dans un an ! »

Six cordes pour dix doigts, telle est l’équation appliquée à Patrick Rondat, un de nos derniers guitar hero encore sur pattes. Sa guitare en bandoulière n’en finit pas d’explorer les contrées inviolées des concepts musicaux. Un petit aperçu de son œuvre entre passé, présent et futur.

Qu’est-ce qui t’a lancé dans l’apprentissage de la guitare ?
C’est un assez long parcours, je ne suis pas issu d’une famille de musiciens et je me suis mis à la guitare sur le tard à l’âge de 17 ans. C’est en écoutant un disque de Ronnie Montrose que je suis complètement tombé sur le charme et que j’ai eu envie de me lancer dans l’apprentissage de la guitare. Et 6 mois après j’ai acheté ma guitare et c’est parti comme ça. Je jouais six  heures par jour, c’est devenu très vite dévorant comme passion. Je relevais les choses d’oreille, beaucoup de recherche personnelle, car je n’avais pas les supports de maintenant (cd, DVD…). Ca te prend tout ton temps.
J’ai continué mes études, le côté raisonnable de trouver un métier etc. Mais petit à petit j’ai perdu toute motivation pour le reste. Je ne voulais pas être pro au début, c’était juste une obsession. C’est après le bac que j’ai touché au professionnalisme.

D’abord la passion puis le rêve qui commence à se réaliser. Quel a été l’événement déclencheur ?
Je bossais à Carrefour et un ancien chanteur de Warning, qui cherchait des musiciens pour une maquette, est venu me trouver. On les a faites et on a été signés. On nous a donc proposé de faire l’album en Allemagne. J’ai ainsi donné ma démission à Carrefour et l’histoire est partie comme ça. L’album fait, je n’avais plus de travail mais on m’a demandé de donner des cours dans des écoles. Je suis donc reparti sur un côté pédagogique pour ensuite faire ma maquette et signer mon premier album en 1988.

Je voudrais justement rebondir sur Warning. Tu as participé à un album hommage à son guitariste, Christophe Aubert. Tu peux me parler de lui ?
Oui, il fait partie de ces personnes que j’écoutais. Au début des années 80 tu avais Trust et Warning comme groupes de hard rock français qui avaient une notoriété et de gros moyens. Et pour moi, jeune guitariste, c’était le but à atteindre. Ca m’a poussé, ça a été mon moteur. Christophe était un guitariste très talentueux que j’ai eu l’occasion de rencontrer bien plus tard. On s’est connus à Paris, après un concert de Blue Oyster Cult dont j’assurais la première partie. Il est venu me trouver après le concert pour me féliciter. Là je lui ai dit à quel point j’admirais ce qu’il faisait et on a eu une bonne accroche. On a souvent tapé des bœufs ensemble par la suite et le jour où j’ai appris son décès j’ai trouvé normal de lui rendre hommage.

Tu construis tes albums à 100%. Toutes les lignes, de guitare comme de batterie, sont de toi…Excès de zèle ou manque de confiance ?
En musique tu as deux façons de faire. Soit tu rencontres des copains et tu fondes un groupe où tout le monde a le même niveau d’exigence, les mêmes ambitions et là tu réussi en tant que groupe soudé. Ou alors tu n’as pas cette chance là car tu te rends compte que dans un groupe il y en a toujours qui sont là car c’est un bon moyen de draguer ou de boire un coup gratos, l’autre le prend comme un hobby mais en même temps il aime bien la pêche à la ligne…Non pas que ces conceptions de la musique ne soient pas respectables mais il faut être sur la même longueur d’ondes.
Moi je n’ai pas trouvé de gens qui ont la même vision de la musique que moi. Et à un moment donné j’ai arrêté de me chercher des prétextes au moment où je ne pouvais faire les choses faute de clavier ou de chanteur. Je me suis dit, « t’as des choses à montrer aux gens, eh bien tu te démerdes ». Et alors je me suis pris en main en écrivant tout ce qu’il me fallait. Au départ ce n’était donc pas un excès de zèle mais un moyen d’avancer et de créer par la suite ma propre identité musicale. Car, tu sais, il y a des guitaristes exceptionnels dans le monde, que tu comptes sur les doigts d’une main, qui ont un univers tel qu’ils sont rapidement identifiables à leur jeu. Hélas, ce n’est pas mon cas, je fais partie de l’autre main (rires). Je me suis donc créé mon identité dans la composition et les arrangements.
J’ai aussi besoin, dans ma tête, de me sentir propriétaire de ma marque. Je n’ai pas envie de me sentir désemparé si demain mon batteur se barre par exemple. Je ne veux pas être dépendant de ça.  Je joue avec des groupes mais sous mon projet solo, j’ai mon identité propre et je tiens à en être l’auteur. Ca ne serait pas très honnête d’arriver avec un riff, laisser les autres bâtir tout autour et prendre la chose en ton nom. Le disque ayant mon nom, je l’assume jusqu’au bout.

Tu es proclamé maître de « l’aller retour ». Peux-tu expliquer cette technique guitaristique aux profanes ?
Ca concerne beaucoup les doigts de la main droite (pour les droitiers). Tu peux jouer avec les doigts – comme dans le flamenco – soit avec un médiator – ce qui est mon cas -. Tu peux soit attaquer une note avec le médiator et lier les notes avec la main gauche, soit en attaquer une sur deux ou bien faire l’aller retour. C'est-à-dire attaquer une fois la note vers le bas, avec le médiator, puis la note vers le haut et ainsi de suite.
Quoi que tu fasses, tu attaques les notes de la main droite ; elles ne jamais liées de la main gauche. Tu les joues uniquement avec ce mouvement d’alternance d’aller et retour. C’est une méthode assez difficile si tu veux atteindre vitesse et fluidité car ça demande une musculature de la main droite qu’il faut acquérir au début.

On va un peu parler de tes histoires annexes. Tout d’abord, Consortium project et Elegy.
Ce sont deux projets qui ponctuent ma carrière. Les membres sont quasiment les mêmes dans les deux groupes. On m’a au départ invité sur Consortium pour quelques morceaux puis on a fait une tournée ensemble et un deuxième album. Avec le même chanteur j’ai rejoint Elegy pour deux albums. Consortium est définitivement au placard. C’était un projet de trois albums avec des invités. Je n’ai pas participé au dernier volontairement vu que c’étaient les mêmes qui jouaient ensemble, ça ne voulait plus dire grand-chose. Elegy est lui en stand by car le chanteur fait un album solo.
Ca fait partie des choses dont j’ai besoin de temps en temps pour me renouveler et prendre un petit peu l’air. Si tu ne vas pas ailleurs tu ne peux pas te nourrir, rester créatif. Tu tournes en rond. D’après moi, si t’écris toujours tout tout seul sans jamais jouer avec d’autres gens tu finis par te répéter immanquablement. Donc, quand je sens que je suis à court d’idées ou que j’en ai marre de composer des trucs pour moi, j’ai besoin de rencontrer d’autres musiciens.

Autre chose ?
Parallèlement à ça je travaille avec un pianiste classique sur un projet de duo d’adaptation de sonates pour piano et violon en guitare électrique et piano. Lui c’est un musicien qui est professeur au conservatoire de piano de Bordeaux et concertiste. C’est donc un autre niveau d’exigence, une autre culture musicale. On a joué ensemble et je pensais qu’il allait trouver que je faisais un sacrilège, ce qui nous aurait fâché à vie. Mais on a tous les deux été surpris du résultat. Donc, entre deux projets, je bosse à corps perdu dans des sonates de Mozart, Beethoven…je travaille les partitions de violons jusqu’à temps que j’adhère aux sonorités, aux nuances, à la musicalité. Je n’ai pas l’intention de me prendre pour un soliste classique mais j’ai envie de faire quelque chose dans le respect de la musique classique. Je ne veux pas le faire dans l’esprit variété mais avec le plus de sincérité possible. J’espère pouvoir enregistrer l’album cette année.
Je cherchais là aussi un autre moyen de tourner. Mes tournées avec basse, synthé, batterie, tous els éclairages…C’est lourd au niveau infrastructure. Il est donc difficile de tourner beaucoup car tout cela coûte cher. Et ça me frustre de ne pas pouvoir tourner plus.

Venons en à tes collaborations avec Jean Michel Jarre. Où et comment vous êtes vous rencontrés et qu’est-ce que tout ça t’a  apporté ?
On s’est rencontrés par hasard à un concert d’Extreme, groupe américain de hard qui ne fait plus grand-chose actuellement, au zénith de Paris en 1991. Comme je suis assez timide, je ne l’ai pas abordé spécialement. Le lendemain, j’ai rencontré un ami journaliste et au fil de la discussion je me suis mis à regretter de ne pas l’avoir abordé. Car si il était à ce concert là, c’est qu’il aime ces sonorités. Il aurait donc été judicieux qu’il écoute ce que je faisais. Je suis donc passé à sa maison de disques et j’ai laissé mon second album avec un dossier de presse à la standardiste. Trois semaines plus tard, il m’appelait. C’est depuis une belle histoire, j’ai joué sur des albums et concerts dont le dernier live à Pékin. Là, il y a une tournée mondiale qui se lance à partir du mois d’août et j’en fait partie.
Il m’a beaucoup apporté. Grâce à lui j’ai pu jouer avec un orchestre symphonique, jouer avec des séquenceurs sur des morceaux sans batterie…C’est une autre approche de la musique. Il est très artiste, très cultivé. Il est curieux, il cherche des choses. Il y a des périodes de sa vie où certaines musiques le marquent plus que d’autres et il le teste sur scène pour ensuite repartir sur autre chose. Il a envie de se nourrir de ce qui existe.

Tu as aussi collaboré avec Joe Satriani sur G3. Comment cohabitent deux grosses personnalités, deux talents ?
C’est vrai qu’une sorte de compétition pourrait apparaître mais je n’ai pas eu cette sensation la. A partir du moment où les gens vivent leur passion sincèrement et qu’ils n’ont pas de frustration, il n’y a aucune raison d’y en avoir. A l’inverse, il y en a dans les tremplins, où les gens ont l’impression de jouer leur carrière. Quand tu as beaucoup d’albums derrière toi, tu ne te dis pas que tu joues ta carrière derrière chaque note que tu fais. Et à ce propos, Satriani a eu une très belle phrase : « le matin, quand je prends ma guitare, ce n’est pas contre quelqu’un, c’est pour me faire plaisir ». J’ai beaucoup de plaisir à jouer avec un guitariste qui sort des plans que je ne sais pas faire et qui les joue avec brio. Je n’ai pas de soucis avec ça car je n’ai pas la prétention de savoir tout faire.

La plupart de des confrères se partagent entre Gibson et Fender alors que toi tu es représentant d’Ibanez. Alors, sans tomber dans la pub facile, pourquoi ce choix ?
C’est un long parcours, j’ai joué sur Ibanez il y a très très longtemps. Ca représentait une guitare mythique. Pour ma façon de jouer, ce sont des guitares plus ergonomiques. Et puis ils me permettent de personnaliser mes instruments. Là j’ai un contrat international de sponsoring qui fait que je m’engage à ne jouer que sur leurs guitares et en échange j’ai les instruments gratuits. Et puis il y a un travail de relation. Ils m’ont par exemple fait essayer un modèle pour savoir ce que j’avais à lui reprocher et ils prennaient note. 
Mais ça n’enlève rien aux autres. Léo Fender a posé les bases de la guitare moderne, c’est évident.

Tu étais signé chez feu NTS. Suite à tout ça, tu en es où ?
Le même patron a monté une autre maison de disques qui s’appelle Replica records, qui est distribuée par Nocturne et ils ont re-signé tout récemment tous mes albums qui étaient chez eux, c'est-à-dire les deux premiers et le dernier. Il y a eu trois mois où j’ai vécu sur les stocks de NTS mais il y a une partie qui part dans les liquidations. Mais là c’est reparti et on souhaite longue vie à ce nouveau label. Ce sont des gens passionnés qui mettent de l’énergie dedans et on a besoin de ça. Les maisons de disques se plaignent du téléchargement mais ils ont tellement standardisés leurs produits et dépassionné la musique que les gens copient car ils ont l’impression d’avoir un produit éphémère et remplaçable. Et puis ça change quoi qu’on télécharge un album de la star ac' ? Les mecs ne seront plus là dans un an !

http://www.rondat.com

Propos recueillis par Stef Burgatt – avril 2005