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PAPET J pdf print E-mail
Ecrit par Stephane Burgatt  
mardi, 10 janvier 2006
 

PAPET J

« Si j’ai envie de donner 10 bras à mon batteur, je peux le faire »

A l’aube de l’an 2006, la technologie frappe à votre porte. Les papets sont maintenant high tech’ et montrent la voie aux jeunes générations. Le monde à l’envers ! Un exemple avec Jali des Massilia sound system, lui aussi échappé en solo, qui nous présente son premier effort solo, papet-j.com. Album 100% digital et entièrement conçu à la maison, avec les moyens du bord.

Pour faire ton album, tu as œuvré sur ton PC avec trois logiciels. Peux-tu nous dire lesquels et quelle a été leur tache respective ?
Cubase pour la partie midi. Pour les synthés externes c’est Reason – bien que je me sois aussi servi de Cubase pour ça – quant au mix et l’enregistrement ça s’est fait sur Pro Tools.

Faut-il des diplômes pour gérer tout ça ou un autodidacte peut s’en sortir ?
En autodidacte bien sur mais de toute façon il te faudra y consacrer beaucoup de temps. Il ne faut pas hésiter à acheter les bouquins car  même si ils sont assez chers ils sont bien conçus avec des exercices et des dvd inclus. Après il faut être créatif.
La technique c’est une chose, la créativité c’en est une autre. Moi je ne suis pas créatif dans tous les logiciels mais j’essaie d’être technique dans la plupart pour être autonome dans mon travail d’artiste indépendant.
 
Le problème du 100% digital, c’est que tu risques de livrer une production froide. Comment as-tu abordé ce problème si toutefois tu t’es posé la question ?
Je ne me la pose guère car je n’ai pas d’à priori. Je ne compare pas ce qui n’est pas comparable. Je ne comparerai jamais une production digitale avec une production analogique. Ceci dit, je ne parle pas de l’enregistrement ou du mix, je parle de la composition. C'est-à-dire que nous, dans le reggae, dans le ragga, on se pose d’abord la question de savoir si l’on joue du reggae « yo man » ou du reggae digital. Soyons clairs, le reggae est à la base joué avec des instruments classiques : basse batterie, claviers etc.
Et est arrivé dans les années 80, l’avènement des synthétiseurs, des séquenceurs et très rapidement de l’informatique musicale – la MAO -. Les Jamaïcains s’en sont emparés et ils ont créé en 85 les premiers instrumentaux de reggae digital. Et ça ça a été une révolution dans le reggae, le ragga et ensuite dans la musique mondiale. Le tout sur le modèle jamaïcain qui veut qu’on fasse les choses sans se soucier de la réalité. C'est-à-dire que si j’ai envie de donner 10 bras à mon batteur, je peux le faire (rires) !
Et ça c’est une posture de base que l’on a adoptée en ne prenant que des synthés virtuels et un seul ordinateur. On a beaucoup travaillé à partir de là et j’espère que les gens ne trouveront pas le résultat froid.

Pour résumer, on peut dire qu’il y a quoi dans cet album ?
Ce que j’y ait mis c’est un reggae des années 80 – qui sont mes racines – et puis des rythmes et un traitement actuels avec une bonne influence hip hop, drum n’ bass, jungle. C’est dj Kafra qui a amené ces influences dans la programmation des batteries.

Aujourd’hui, quel est le coût d’une production comme la tienne ?
Il te faut un poste de travail : un ordinateur bien sur, une carte son digne de ce nom, des enceintes pour écouter ce qu’on est en train de faire avec le maximum de fiabilité, un préampli, un bon micro, un clavier et quelques accessoires autour…Et aussi une petite pièce avec une bonne acoustique. Moi je pense qu’il faut évaluer ça dans les 15 000 euros en ayant acheté les softs (logiciels). Pour ce prix là tu as une belle station de travail qui te permets de mener un projet jusqu’au bout.
Après, il faut quand même faire un mastering dans un endroit dédié à ça avec des gens qui ont une bonne oreille.

Mais alors, tout le monde peut’il vraiment faire un album maison comme l’affirme ton dossier de presse ?
Alors quand je dis 15 000 euros, c’est pour faire quelque chose de pro que tu puisses exporter vers les studios. Maintenant, on peut faire quelque chose de super, qui cartonne avec simplement du talent et des oreilles ! Il suffit d’un bon casque, d’un logiciel freeware même (gratuit) et d’un PC d’entrée de gamme - qui sont maintenant très puissants - pour peu qu’on y rajoute un peu de ram -. En tout cas, moi je milite pour ça auprès des jeunes et j’y crois. Je les pousse à enregistrer des trucs chez eux avec un bon micro que tu peux trouver pour 100 euros aujourd’hui et qu’ils fassent tourner ça dans la cour de l’école.
C’est ça la house music (rires) !

Dans cet album, tu reprends les thèmes cosmopolites qui t’étaient déjà chers avec Massilia sound system. Et il y a aussi un titre, « De l’eau », qui donne envie de rappeler que de nos jours nous sommes obligés de dédier une journée à ce bien précieux - le 22 mars - pour rappeler que plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable à l’heure où l’on peut enregistrer ses albums chez soi. Un tel constat, ça t'attriste ? Ca t'effraie ?
Les deux. Je me suis rendu compte du problème il y a quelques années. La première fois je me suis retrouvé dans un pays où on m’a dit qu’il ne fallait pas boire l’eau du robinet sous peine de le regretter amèrement. Et encore, quand il y en avait !
Là tu tombes des nues car pour toi il t’a toujours paru naturel que l’eau coule quand tu ouvres le robinet et qu’elle te permette de boire, de faire ta lessive etc. Et tu ne penses pas que certains puissent avoir des problèmes avec, qu'il puisse en manquer. C’est quand tu voyages que tu t’en rends compte : on tire sur nos réserves.
Et puis un matin, j’étais devant ma porte, à la Belle de Mai, et je regardais l’eau couler dans le caniveau. J’ai réalisé que c’était de l’eau potable qui coulait là jusque dans les égouts. Puis tu as un refrain qui te vient par association d’idées et qui te trotte dans la tête comme ça. Alors, pour t’en débarrasser, tu écris une chanson parce qu’elle finit par te fatiguer cette ritournelle dans ta tête !

C’est un album destiné à faire bouger le corps et l’esprit. Alors, Mens sana in corporé sano (rires) ?
Tu sais, avec Massilia on a toujours prôné « la danse consciente ». Tu danses mais en même temps tu écoutes ce qu’on te dit dans le micro et ça te fait réfléchir et agir. Je fais toujours partie de Massilia et je reste pénétré de ces concepts là.
Aujourd'hui, je travaille avec des machines mais je prépare une rencontre avec des instruments, vous en saurez bientôt plus.

C'est un grand écart musical.
Mais c'est tout ce que j'aime (rires) !
Aïoli !